Il pleut des lingots d’or a Inval-Boiron 1935

De Havilland DH.84 Dragon

 

Le samedi 26 janvier 1935, un avion de la compagnie anglaise Hillman’s Airways part du Bourget, à destination de Croydon, en Angleterre. En plus du pilote Mr Kirton, deux passagers l’accompagnent : MM. Tourbe et Walstenfeld.

L’appareil emporte, parmi la cargaison, deux caisses d’or contenant 8 lingots d’un poids total de 105.5 kg, envoyés par MM. Legosse et Cie, banquiers à Paris, à leurs correspondants, MM. Samuel Montagu, banquiers londoniens.

À l’atterrissage de l’avion, c’est la stupeur totale. La porte de la soute à bagages est ouverte, le fuselage montre des signes de déchirure, les bagages ainsi que le précieux chargement ont disparu.

 

 

James Kirton le pilote

 

Pour le pilote, les très mauvaises conditions météo en seraient la cause ! Il déclare dans un article du Journal des débats politiques et littéraires du 29 janvier 1935 qu’ « il fut pris, durant ce vol, dans la plus violente tempête qu’il ait jamais rencontrée ».

 

Mais où est tombé l’or ? Dans la Manche ou sur terre ? On entreprit aussitôt des recherches en Angleterre en suivant le parcours de l’avion, mais les recherches s’avèrent difficiles avec la neige et les grandes zones boisées, d’autant plus qu’au vu du poids des caisses elles ont dû s’enterrer profondément.

Pendant que la police anglaise recherche les caisses entre les Côtes de la Manche et l’aéroport de Croydon, c’est en France le 28 janvier qu’une première découverte fut faite, une valise d’un des passagers est retrouvée près de Saint-Valéry-sur-Somme.

Georges Sibille, Directeur commercial de la Compagnie aérienne française, correspondant en France d’Hillmans Airways nous raconte comment la valise a été retrouvée dans L’Écho d’Alger du 28 janvier 1935.

« La valise était tombée sur la plage. Le maître garde-pêche Fily, qui ignorait tout de la perte des lingots d’or et des bagages transportés par le pilote anglais Kirton, eut l’idée d’écrire à l’hôtel où le propriétaire de la valise était descendu pendant son séjour dans la capitale, car sur cette valise le porteur avait collé l’étiquette de l’hôtel.

L’hôtelier me téléphona ce matin-là pour me mettre au courant de la lettre de M. Fily ; la gendarmerie de Saint-Valéry-sur-Somme me confirma la découverte faite par le maître garde-pêche. »

Le 29 janvier, Mme Marguerite Dion âgée de 30 ans, mère de quatre enfants, pailleuse de chaises à Inval-Boiron, partie ramasser du petit bois au sud-ouest d’Inval-Boiron, aperçut dans une pâture appartenant à Mr Brunet de Villers-Campsart, deux caisses pratiquement recouvertes de neige.

Croyant d’abord avoir affaire à des pièges tendus par un habitant, elle se dit, après réflexion, que ces caisses pourraient bien être celles tombées de l’avion Paris-Londres dont elle a appris l’existence dans les journaux et dans les conversations des gens du bourg.

Elle décida d’aller aussitôt chez elle prévenir son mari alors au chômage, de la découverte qu’elle venait de faire.

Il se rendit aussitôt sur les lieux et constata que c’était bien les fameuses caisses tant recherchées ; sur chaque caisse figuraient les lettres M.L.S.M.C 1 et 2. Un peu plus loin il découvrit plusieurs lingots d’or en partie enfouis. Mr Dion décida alors de faire prévenir immédiatement la gendarmerie d’Oisemont.

 

Le Progrès de la Somme 31/01/1935

 

Peu après, le Maréchal des logis-chef Hémonet et le gendarme Marissal venaient monter la garde des six lingots d’or.

Le Capitaine Holleville commandant l’arrondissement d’Amiens ne tarda pas à arriver et prit possession de l’or qu’il pesa avant de le faire transporter à la gendarmerie d’Oisemont.

Ignorant la quantité exacte de lingots perdus, le Capitaine Holleville fit surveiller les lieux par deux gendarmes, le temps d’obtenir de la banque expéditrice les renseignements nécessaires.

Le lendemain matin, le Capitaine Holleville apprenait de Mr Lagasse et Cie que les caisses contenaient huit lingots et non six ; les recherches se poursuivirent donc.

Vers midi, les frères Alphonse et César Hermant, journaliers à Inval-Boiron et les Dion père et fils retrouvèrent les deux lingots manquant à 1 mètre 20 de profondeur. Ils furent également transportés à la gendarmerie d’Oisemont.

À 17 heures, Mr Sibille représentant de la compagnie de l’avion vint chercher les huit lingots.

 

Excelsior le 31/01/1935

 

La Compagnie Lloyds qui assurait l’or a l’intention de récompenser Mme Dion qui a découvert les caisses ainsi que tous ceux qui ont aidé aux recherches.

Le 31 janvier, le pilote M.Kirton muni d’un nouveau chargement d’or n’ose pas traverser la Manche. Il passera la nuit à Berck.

 

Le Jour 01/02/1935

 

 

Le 6 février, dans la salle d’école attenante à la Mairie d’Inval-Boiron on fait venir Mme Marguerite Dion, les frères Alphonse et César Hermant. Seul Gaston Dion manque à l’appel, car absent pour la journée.

La Lloyds tient ses promesses en mandatant Mr E.L. Dickin, qui est assisté de Mr Michel Brault, Avocat à la Cour d’appel de Paris et conseil de la compagnie d’assurance, pour remettre une prime à ceux qui ont œuvré à la restitution des lingots d’or.

Sont aussi présents M Deboffe, adjoint faisant fonction de maire d’Inval-Boiron, Mr Woiret secrétaire de mairie, le Maréchal des logis-chef Hémonet commandant la brigade de gendarmerie d’Oisemont.

Le champagne pétille dans les verres, on boit à l’heureux dénouement.

La compagnie d’assurance alloue à Mme Marguerite Dion et son mari deux cent dix mille Francs, « surtout employez-les bien », lui dit Mr Dickin.

« Soyez sans crainte, demain, je prendrai un livret de Caisse d’épargne pour chacun de mes enfants — ils sont quatre — et avec le reste, on achètera de la terre. »

M. Gaston Dion, Alphonse et César Hermant reçoivent chacun 2.000 Francs pour la participation aux fouilles.

Le propriétaire de la pâture n’est pas oublié. Il estimait à 100 Francs les dégâts causés à sa clôture. On lui en accordera 500.

Et tous ces braves gens, serrant précieusement leurs billets contre eux, s’en vont, dans la nuit pluvieuse et noire, un sourire dans les yeux et une joie dans le cœur.

 

Excelsior  08/02/1935

 

 

Le 21 février, le pilote Kirton après avoir perdu un chargement de lingots d’or, perd deux jeunes femmes qui étaient dans son avion, mais ça c’est une autre histoire !!!

 

 

La Gazette de Biarritz 22/02/1935

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