Les villages-clairières de la forêt d’Eu

Les villages-clairières de la forêt d’Eu

 

 

Entre Picardie et Normandie, la vraie frontière n’a jamais été la Bresle, ni pour les hommes, ni pour les armées en marche, ni pour les brigands, ni pour les loups. Non, la barrière infranchissable, c’était une forêt dépendant du Comté d’Eu ; au temps de la Gaule chevelue, elle occupait presque complètement la bande de terrain d’une dizaine de kilomètres de large qui sépare la vallée de la Bresle et celle de l’Yères, du Tréport jusqu’à Aumale.

Depuis le début des temps chrétiens, l’homme de la Gaule était devenu cultivateur. Entre Seine et Somme, des serfs avaient labouré pendant mille ans les terres des différents maîtres.

Quand la barbarie, qui avait balayé la paix romaine, s’est à son tour éloignée, on s’est repris à espérer et à faire des projets sur l’avenir. On savait que les terres des plateaux entre Bresle et Yères étaient recouvertes d’un limon fertile. On se mit donc à défricher ; seigneurs devant financer leurs guerres, serfs émancipés, religieux des monastères. Les nouveaux occupants de ces terres défrichées étant intégrés à la vie sociale par la picarde vallée de la Bresle, ils parlèrent donc cette langue d’Oïl qu’on appelle le picard.

Les zones de défrichement étaient de deux sortes :
–      les plaines alluviales et leurs coteaux : clairières basses donnant sur la Bresle d’un côté et venant buter sur la Haute Forêt d’Eu.
–      les clairières de plateau, dont la forme correspond à l’exacte limite du dépôt des providentiels limons, dans le massif du Triage d’Eu.

Les villages qui se créeront dans ces clairières garderont une forte individualité avec une économie mixte intégrant labourage et pâturage, mais aussi la forêt, la grande diversité de ses petits métiers, et les premières industries constituées comme la verrerie ou la scierie.

Dans ce paysage où le seul voisinage était celui de la vallée de la Bresle, on naissait, vivait, et mourrait souvent au village. La généalogie y est un art gratifiant pour le débutant.

Voyageant peu, on gardait le parler de ses pères, dont on ne se souciait guère de savoir s’il était un patois ou une langue.

Et le village se retrouvait autour de l’immense terrain de balle au tamis pour y affronter les villages du Vimeu, le plateau d’en face, dont on pouvait voir chaque nuit les lumières, au loin, de l’autre côté de la vallée de la Bresle.

 

Francis Heux

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2 reflexions sur “Les villages-clairières de la forêt d’Eu

  1. DEMONCHY Pierre

    Bonjour et un grand merci à l auteur de ce rappel historique. Je suis ne à Rambures un peu au nord de la vallée de la Bresle, dans la Somme, et j ai passé toute mon enfance et ma jeunesse à Aumale en Seine Maritime (Inferieure a l époque) a la limite de trois départements avec l Oise, ainsi, je connais très bien le Vimeu, pays de mes ancêtres. La vallée de la Bresle et ses coteaux ont une position géographique particulière, entre Normandie et Picardie qui s est trouvée partagée artificiellement par le traité de Saint Clair sur Epte signe entre Guillaume le Conquérant et le roi de France…En 1066 l armada normande a fait escale dans le port de Saint Valery sur Somme avant de conquérir l Angleterre en gagner la bataille de Hastings.

    1. HEUX Francis

      Merci Pierre de votre commentaire. Avec le nom que vous portez, je suppose qu’un de vos ancêtres venait de Monchy sur Eu et qu’on l’a appelé – là où il est arrivé- du nom de son village d’origine; comme les De Hédin, Du Quesnoy, Guerville, De Rambures etc…

      S’agissant de Guillaume le Conquérant; lors de son escale à Saint-Valéry, il a enrichi sa flotte de quelques seigneurs des environs de la Bresle. J’avais à peu près retrouvé la liste.

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