Visites dans les établissements industriels filature de coton de la Bresle de M Humbert et cie à Gamaches

 

 

 

 

Nous rendons compte souvent, comme le savent nos lecteurs, de nos visites dans les usines et manufactures, parce que nous pensons que, par analogie au moins, on doit trouver dans la description des procédés usités dans telle industrie, se rapprochant plus ou moins de celle que l’on est appelé à diriger, des enseignements qui doivent aider, soit dans l’installation de nouvelles machines ou d’outils, soit à perfectionner la fabrication, soit encore à obtenir, des produits.dans des conditions relativement plus économiques.

Aujourd’hui ce n’est pas le compte-rendu d’une de nos visites que l’on va lire, mais celui d’une Commission de la Société industrielle d’Amiens, qui a paru dans le Bulletin de cette Société, sous la signature de M. Piquet, rapporteur.

La situation de ce remarquable établissement, au milieu d’une vaste propriété traversée par la Bresle (I), à quelques centaines de mètres du bourg de Gamaches, auquel il donne la prospérité et la vie, les proportions grandioses du bâtiment principal de la filature, l’heureuse disposition des machines dont l’habile industriel a fait choix, l’organisation bien entendue du travail intérieur, tout concourt à produire une de ces impressions qui restent gravées dans la mémoire.

Le bâtiment principal de la filature est situé au milieu d’une grande cour, qu’entourent la maison d’habitation du gérant,, les bureaux, et diverses autres constructions. Ce bâtiment (2), entièrement reconstruit en quatre-vingt-dix jours après l’incendie du 29 octobre 1859, sur les plans et sous la seule direction de M. Humbert, mesure 120 mètres de longueur sur une largeur de 14 mètres environ. Il se compose d’un rez-de-chaussée et de trois étages, éclairés chacun par quatre-vingt-dix fenêtres. Les murs,, d’une épaisseur de 63 centimètres, portent 80 centimètres à l’endroit des pignons.

 

(1) Le cours d’eau de l’usine compte à lui seul, aujourd’hui, une longueur de 1.400 mètres de rivière environ.

(2) Construction en briques, élégante et solide. Salles aérées et spacieuses. — Hauteur intérieure des étages, 3m,50. — Des fours à chaux et à briques ont été élevés sur les terrains de l’usine par les soins de M. Humbert, et tous les matériaux propres à la construction ont été extraits dans les propriétés de la Société. Le bâtiment principal n’a pas exigé moins de 1,800,000 briques. Fronton allégorique, horloges à doubles cadrans transparents éclairés le soir, sonnerie ; coupole, rose des vents et girouettes. — Couverture en zinc à l’italienne.

 

L’Opinion nationale, 26 novembre 1859

 

L’Opinion nationale, 18 mars 1861

 

Six échelles de sauvetage, formées de barreaux en fer scellés dans la maçonnerie, sur chaque façade et sur toute la hauteur du bâtiment, protègent suffisamment les ouvriers en cas d’incendie.

Trois paratonnerres garantissent l’établissement des effets de la foudre. Toutes les eaux de pluie sont ‘conduites par des égouts souterrains a la rivière. Une cage entière est réservée sur toute la hauteur du bâtiment pour les lieux d’aisances, et des balcons extérieurs y conduisent à chaque étage. A ce bâtiment principal, renfermant les moteurs, la carderie et la filature proprement dite, viennent se réunir d’autres bâtiments, contenant, les chaudières à vapeur, les fourneaux au gaz, les préparations de filalurè et les ateliers de réparations.

Des magasins à l’huile, aux cotons, divers logements de contremaître, un bâtiment renfermant l’école et le réfectoire, isolés des autres bâtiments, complètent la série des dépendances directes de l’usine.

La cheminée à vapeur, à section carrée, intérieurement et extérieurement, a été construite en 1841 ; elle s’élève à 60 mètres au-dessus du sol environnant, et présente cette particularité que sa partie supérieure a été redressée d’une seule pièce, et calée par les Anglais, précédents propriétaires de l’usine. Deux turbines et une machine à vapeur donnent le mouvement à tous les ateliers.

La machine à vapeur, de construction anglaise (Benjamin Hick , de Bolton), est une machine verticale à balancier, de la force de 100 chevaux ; elle est à condensation et à deux cylindres. Elle est timbrée à cinq atmosphères , et marche à raison de 18t,75 de volant par minute. Le piston parcourt 1m,10 par seconde.

Les deux turbines sortent des atelier de MM. Fontaine et Brault, de Chartres ; l’une, de la force de 130 chevaux, a 3m,80 de diamètre ; l’autre, de la force de 93 chevaux, a 2m,70. Elles marchent à une vitesse de 24 tours par minute ; leur débit d’eau, en pleine marche, est de 7,500 litres par seconde, avec une chute de 2m,90 à 3 mètres.

Le déversoir devant avoir une largeur obligatoire de 13 mètres, et cette largeur ne pouvant être obtenue en cet endroit, M. Humbert a surmonté la difficulté en donnant à ce déversoir une forme circulaire.

La facilité avec laquelle fonctionnent toutes les vannes de cet établissement et le peu de force que nécessite leur mise en mouvement, sont vraiment remarquables.

Quelques mots sur leur installation : une vanne en fonte, glissant le long de deux règles également en fonte, est munie â ses deux extrémités de deux crémaillères sur lesquelles engrènent deux pignons, réunis sur un même arbre qui porte vers son milieu une roue d’engrenage, de 0m,30 de diamètre. Un second arbre, parallèle au premier, se termine à ses deux extrémités par deux roues d’engrenage, dont l’une, de 0m,13 de diamètre, transmet le mouvement à la première roue, et l’autre, est commandée par la vis sans fin d’un troisième arbre, perpendiculaire aux deux autres, et terminé à son autre extrémité par un volant muni de poignées, au moyen desquelles on fait fonctionner l’appareil. La pression de quelques doigts, sur les poignées du volant, suffit pour mettre les vannes en mouvement.

La machine à vapeur et les deux turbines peuvent marcher ensemble ou séparément ; elles sont réunies par un manchon d’encliquetage mobile qui permet de réunir ou d’isoler leur action à la marche, sans le moindre choc.Les générateurs à vapeur, d’une force commune de 50 chevaux, sont au nombre de quatre,l’un d’eux est alimenté au moyen de l’injecteur Giffard.

Le charbon employé pour le chauffage des chaudières, est le charbon anglais venant de Sunderland ; la consommation, varie avec la force rendue par les turbines, force qui dépend du volume débité par le cours d’eau. La consommation annuelle, qui peut être évaluée de 14 à 13 mille hectolitres, représente une valeur de 40,000 francs environ. Les barreaux des grilles, à la suite d’expériences favorables, sont maintenant excessivement amincis vers leur extrémité inférieure. En comptant 140 broches de filature et les préparations qu’elles nécessitent, par force de cheval (évaluation de M. Humbert), la force nécessaire pour faire marcher tout l’établissement serait d’environ 230 chevaux.

Un système de sonnerie, destiné à avertir les ouvriers de la mise en marche et de l’arrêt des moteurs, est organisé de manière à prévenir simultanément dans tous les ateliers.

Le mode de chauffage est celui que l’on adopte le plus généralement aujourd’hui. Les ateliers sont traversés par des tuyaux en cuivre qui sont suspendus à.une hauteur de deux mètres environ, et qui, pendant le temps nécessaire pour chauffer les salles, sont constamment remplis de vapeur.

L’éclairage au gaz, comprenant environ 300 becs, est fourni par la distillation du charbon de Courrières dans trois cornues qui fonctionnent toute la journée. Un courant constant d’eau froide traverse le barillet, et entraîne les huiles essentielles et le goudron dans une cuve, où celui-ci se dépose. Il est recueilli, et vendu par tonneaux au dehors. Une pompe spéciale sert à enlever le goudron qui s’amasse dans les différents conduits de l’appareil.

Après avoir successivement passé en revue les bâtiments, les moteurs, les générateurs, etc., le rapporteur arrive au travail intérieur
du coton dans l’établissement.

Les cotons d’Amérique étant, depuis quelque temps, à peu près délaissés, à cause de leur rareté et de leurs prix excessivement élevés, les filateurs ont été obligés de recourir aux cotons de l’Inde, du Levant, et de diverses autres provenances. Les cotons, employés dans la filature qui nous occupe, étaient presque exclusivement : le Madras, échantillon Western, qui valait à cette époque 290 francs les 50 kilo., et avec lequel on parvient à filer le numéro 32 millimètres, et le colon du Levant, échantillon de Macédoine, qui valait 262 fr. 50 cent, les 50 kilo., et qui ne peut servir que pour les numéros inférieurs au numéro. 26 millimètres.

Ces cotons qui, dans le, début, donnaient jusqu’à 25 pour cent de déchets, à cause de la grande quantité de matières étrangères qu’ils renfermaient, ont nécessité des changements et des augmentations dans le matériel des préparations. Le lainage de ces cotons, plus court que celui des cotons précédemment employés, exige une torsion plus grande pour arriver à une solidité égale. La vitesse des broches ne pouvant être avantageusement augmentée, il en résulte pour les filatures une diminution notable dans la production. Ainsi, la filature de Gamaches, à laquelle son matériel permettait de produire 2,100 à 2,200 kilo. en cotons d’Amérique, a-t-elle vu, depuis l’emploi des cotons de l’Inde, cette production s’abaisser jusqu’à 1,600 ou 1,700 kilo. par jour. Le coton, retiré des balles où il a été excessivement comprimé, est déchiré par les mains des ouvriers, et passé à l’épurateur de M. Humbert, où une grande partie des matières étrangères s’en séparent. Cet épurateur, qui travaille douze balles de coton par jour, présente un seul inconvénient, celui de rouler le coton. La matière, ainsi épurée, est amenée par une cheminée en bois aux ouvreuses André Kœchlin qui la déchirent, l’ouvrent et continuent son épuration. L’une des deux ouvreuses de l’établissement est munie d’un système nettoyeur Humbert.

Le colon, sorti des ouvreuses, passe au batteur, étaleur, éplucheur; il est étendu, aussi régulièrement que possible, par quantités données, sur une surface réglée d’avance. Un rouleau, garni de dents qui se croisent avec d’autres dents fixes, fait près de 2,000 tours à la minute ; il divise le colon et en sépare les impuretés qui sont entraînées.hors de l’atelier par l’action d’uu ventilateur. La matière, ainsi divisée, se réunit sur un tambour, et, après avoir subi la pression de lourds rouleaux en fonte, sort sous forme de lame continue et est enroulée par la machine. Le rouleau, ainsi obtenu, passe à l’étaleur doubleur ; cet appareil ne diffère du précédent, qu’en ce que le coton, étendu sur la toile sans fin de l’éplucheur, est remplacé ici par plusieurs rouleaux sortant de l’éplucheur. Le travail, qui, du reste, est le même, a pour but de compenser les inégalités des rouleaux primitifs, afin d’obtenir un dernier rouleau de coton plus régulier.

Cette première série d’opérations a pour principal but le nettoyage du coton ; elle est très-importante depuis l’emploi des cotons de l’Inde. Les deux ouvreuses et les deux batteurs de chaque sorte qui fonctionnent à Gamaches, suffiraient pour alimenter 36,000 broches.

La dernière opération de préparation, la plus importante de toutes, est le cordage ; il achève le nettoyage du coton qui passe de là à la filature, et en sépare une à une toutes les soies irrégulièrement enchevêtrées dans les rouleaux. Aux soixante cardes Kœchlin, que possède l’usine, M. Humbert a ajouté trente autres cardes du même système, légèrement modifié par lui. Le double cylindre cannelé qui délivre le colon au tambour de la carde, est remplacé par un cylindre cannelé unique, tournant sur une plaque en fonte arrondie. Le coton, passant entre les deux, se dégage mieux et est amené plus près du tambour. Ces quatre-vingt-dix cardes peuvent carder 2,300 à 2,400 kilo. de colon par jour. Elles sont divisées en huit couloirs pour chacun desquels une ouvrière suffit. Les ouvriers chargés de débourrer les chapeaux des cardes, ont chacun dix cardes sous leur surveillance.

Les déchets, provenant de la première épuration et du débourrage des cardes, sont passés deux fois aux épurateurs Rister, de Cernay. Le coton, retiré de ces machines, est mélangé en proportions déterminées avec le coton qui doit passer aux ouvreuses. Les quatre machines de l’établissement permettraient, au besoin, d’épürer 400 kilo. de déchets par jour.

Les dents des cardes, après avoir servi quelque temps, perdent leur morfil ; pour les ramener à leur état primitif, on se sert de machines à aiguiser. Les deux machines de M. Humbert se composent d’un rouleau sur lequel on a fixé de la poudre d’émeri, au moyen d’uue composition particulière qui comporte, sans s’altérer, la présence des matières grasses qui accompagnent toujours les rubans de cardes dans des machines en activité.

Les rubans de coton, obtenus sur un certain nombre de cardes, passent tous dans un même couloir qui les conduit au réunisseur basculeur d’où ils sortent sur des manchons qui vont passer aux laminoirs. L’opération du laminage a pour but de rendre progressivement la lame de coton de plus en plus petite, et de disposer les soies d’une manière convenable pour la filature.

Les machines employées pour le laminage sont : les laminoirs Part Curtis et Madeley, de Mauchester, et les laminoirs comprimées à pots tournants de André Kœchliu.

Le colon est mis en mèches et étiré par deux sortes de machines : les rotorfrotleurs et les bancs à broches. La filature de Gamaches compte : sept rota-frolleurs gros, intermédiaires et fins, deux bancs à broches de 64 broches en gros, cinq intermédiaires de 96, et dix-neuf en tin, dont dix-sept de 104 et deux de’200. Tous ces bancs à broches sont de la construction de Nicolas Schlumberger, de Guebwiller ; ceux de 200 broches sont les plus grands qui aient été faits jusqu’à ce jour.

Plus de 32,009 broches de filature fonctionnent dans l’usine : 8,000 broches de métiers continus, et 24,000 de mull-jennys automates, dits self-acting (1). La plupart de ces derniers, qui sont tous de construction française (Nicolas Schlumberger de Guebwiller, A. Kœchlin de Mulhouse, Thouroude de Rouen), comptent 960 broches; deux en ont 1,008. Si quelques métiers comptent encore un nombre de broches inférieur, ils sont destinés à être allongés, ce qui permettra d’augmenter, sans nouveaux frais de construction de bâtiments ni de transmissions, le nombre total des broches de la filature jusqu’à 36,000.

Cette tendance à augmenter le nombre des broches dans les métiers de filature est générale ; les frais de main-d’œuvre sont économisés par ce moyen, un fileur, un rattacheur et un bobineur suffisant pour un métier de 1,008 broches.

Un système de treuils, un élévateur de fardeaux, fonctionnant sur toute la hauteur du bâtiment, plusieurs systèmes de rails conduisant le coton préparé aux préparations suivantes, réalisent de grandes économies sur les temps de perte qui sont la conséquence nécessaire du transport des matières dans les différents ateliers.

 

 

Les cotons filés, provenant des mull-jennys, sont numérotés et encaissés ; ceux qui proviennent des continus sont dévidés mécaniquement en torques ou écheveaux d’une longueur donnée, numérotés, réunis en paquets de 5 kilo., qui, eux-mêmes, sont emballés par quantités de 100 kilo.

La production de la filature, qui, dans la situation normale de l’industrie cotonnière, peut s’élever à 660,000 kilo. par an, est employée pour la fabrication des velours d’Amiens, les articles de Roubaix, Tourcoing, Reims, Rouen, Saint-Quentin, Roanne, Thysy, Viflefranche et Lyon, et même pour les fils retors de Paris. Ces produits, si justement appréciés, représentent une valeur de près de 4 millions. En cotons bruts, la filature consomme annuellement 760,000 kilo. environ, ce qui porte à près de 1,500 tonnes, pour l’aller et le retour, le transport des cotons bruts et fabriqués ; elle n’exporte pas de produits, car elle ne pourrait suffire à sa clientèle, la filature fût-elle même du double de son importance.

Il reste à signaler (1) les ateliers de construction et de réparations qui sont réellement remarquables, et qui répondent à tous les besoins de la filature. Les ateliers pour le collage du cuir sur les rouleaux de pression, la réparation des courroies, la. fabrication des paniers de filature et des bobines de toutes sortes pour les métiers à filer, les travaux courants de peinture et de vitrerie, la ferblanterie occupent des ouvriers spéciaux en chaque genre. Les ateliers de construction de machines, la menuiserie et la forge méritent une mention toute particulière (2), car c’est dans ces ateliers qu’ont été construits et travaillés, sur les plans de M. Humbert, toutes les transmissions de mouvements, les élévateurs, et toutes les pièces de renfort et de soutien qu’a nécessitées la reconstruction de la nouvelle filature.

 

(1) Je n’ai rien dit des nombreux magasins que l’ont rencontre dans l’usine ; il aurait été nécessaire d’entrer dans des détails trop circonstanciés que ne comporte pas une simple lecture. Ce rapport ayant été jugé digne de l’insertion au Bulletin de la Société, il serait incomplet, si je ne citais les magasins des modèles de toutes sortes, des pièces de rechange
en fer et en fonte, des dents et des cannes en bois de rechange, et les magasins où sont reconnues, à leur arrivée, toutes les pièces et les fournitures qui entrent dans l’usine.
Les maisons d’ouvriers à l’extérieur ; à l’intérieur, les remises, écuries, maison de portier, petites fermés et étables, buanderie, laiterie, maison de jardinier, ne seront mentionnées ici que pour compléter la liste exacte de tous les bâtiments élevés sur les propriétés
de la Société Humbert.
(2) Ces ateliers, aussi ‘ complets que possible, renferment des tours à engrenages et parallèles, établis d’ajusteur, machines à percer, à refendre les engrenages, étaux limeurs, à canneler, — scies mécaniques circulaires et â ruban. — Ventilateur mû mécaniquement en dehors de la forge.

 

A la suite de cette revue de tous les ateliers, qui occupent plus de trois cents ouvriers dans la filature , parlons des mesures générales prises par M. Humbert, vis-à-vis des ouvriers.

Un aumônier, attaché à l’établissement, donne pendant quatre heures et demie l’instruction aux enfants de douze à seize ans, qui sont obligés de suivre les cours de l’école. Pour la facilité du travail, les trente enfants de la filature sont divisés en trois séries qui viennent l’une après l’autre, de trois heures à sept heures et demie du soir, recevoir une leçon d’une heure et demie.

L’isolement de la filature au milieu d’un pays où il est difficile de trouver des ouvriers spéciaux tout formés, a conduit son directeur a faire divers apprentis qui sont retenus dans ses ateliers au moyen des contrats d’apprentissage. Ces contrats sont signés par les parents des enfants qui s’engagent quatre années.

L’ouvrier apprenti reçoit, la première année, de 1 fr. à 1 fr. 25 c. par jour; la seconde, de 1 fr. 25 c. à 1 fr. 50 c. ; la troisième, de
1 fr. 50 c. à 1 fr. 75 c. ; enfin, la dernière année, de 1 fr. 75 c. à 2 fr. Une retenue de 2 fr., faite, chaque quinzaine, forme une masse qui sert de garantie pour l’observation du contrat.

La somme totale, retenue pendant tout le temps de l’apprentissage, est remise en espèces à l’ouvrier, à la fin de la quatrième année, en attendant que la réalisation de la promesse d’une caisse d’épargne, faite à Gamaches depuis trois ans, permette d’avoir recours aux livrets.

Une caisse de secours a été instituée par M. Humbert; l’ouvrier malade reçoit les soins gratuits d’un médecin attaché à l’établissement, et touche une demi-journée pendant tout le temps de son absence de l’atelier. Les frais de pharmacie sont à la charge de la caisse de secours. Une retenue d’un centime par franc est faite, chaque semaine, à tous les ouvriers, au profit de la caisse, à laquelle sont attribuées en outre toutes les amendes pour punitions. Divers dons, laissés par différentes personnes, à la suite de leur visite à l’établissement, viennent augmenter les ressources de la caisse, que complète la générosité de M. Humbert. Un exercice des pompes à incendie de l’usine est fait régulièrement, tous les mois, par les ouvriers attachés à ce service.

Le projet d’édifier une cité ouvrière sur les propriétés de la filature n’a été abandonné qu’en présence des fâcheux événements qui sont venus mettre en péril l’industrie cotonnière.

Tout ce que l’on pourrait dire de M. Humbert serait superflu, après la description de la filature dont il est le créateur. Les récompenses si nombreuses et si justement méritées que lui ont valu ses produits dans toutes les expositions où ils ont figuré.

 

Génie industriel – Volume 30  1865

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