Victor Hugo au Tréport (Et sa région)

Victor Hugo au Tréport (Et sa région)

 

Les Cotes normande et Picarde furent toujours lieu de villégiature privilégiée pour nombre de célébrités
Parmi ces illustres personnages se trouve Victor Hugo, qui vint y passer les étés de 1835 à 1837. Dans un de ses livres de voyages, Victor Hugo a consacré des passages admirables à la description de notre région.Dans des lettres a sa femme et à son ami artiste peintre Louis Boulanger .

             Plaque sur la façade de l’hôtel de Calais

 

 

 

 

 

Itinéraire du voyage effectué par Victor Hugo
lors de ces 2 passages dans notre région.

 

 

 

 

 

Lettres de Victor Hugo a sa femme et à son ami artiste peintre Louis Boulanger

Du Tréport 6 août.

J’ai eu hier joie et chagrin, chère/ amie, joie de recevoir ta lettre, chagrin de n’en recevoir qu’une. Enfin, je te sais arrivée à bon port, et ma Didine aussi qui m’a écrit une bonne petite lettre et que tu baiseras pour moi. Je suis fâché que la route ait fatigué ton père. Dis-lui de se bien soigner au retour. Au moment où j’écris ce mot, je pense qu’il arrivera un peu tard et que sans doute à l’heure qu’il est vous ôtes en marche vers Paris. C’est ce qui me détermine â t’y adresser cette lettre.

J’ai séjourné près de vingt-quatre heures â Abbeville. J’étais un peu fatigué d’une vingtaine de lieues faites â pied à courir les châteaux depuis huit jours, et puis j’espérais donner le temps d’arriver à de nouvelles lettres de toi. Je suis allé deux fois à la poste ; rien. Je ne te gronde pas, pauvre chère amie, je sais que tu as fait pour le mieux. J’ai reçu aussi à Abbeville, par Martine, de bonnes nouvelles de nos chers petits.

J’ai vu les ruines de Corbie, deux belles tours et quelques circonvallations assez fermement tracées encore (18) ; de Boves, un grand donjon crevassé ; de Picquigny, quelques pans de mur seulement (19).

Notre-Dame d’Amiens est un chef-d’œuvre prodigieux. J’y ai rencontré cet imbécile de Joseph Bard comme on trouverait une puce sur Vénus

(20).

Saint-Wulfrand d’Abbeville a un portail qui est un fouillis de merveilleux petits détails. La ville est une vieille ville a maisons peintes qui m’a rappelé Burgos ; par la seulement, il est vrai (21).

J’ai vu hier la ville d’Eu. Le château est intéressant et curieux quoique ratissé, débarbouillé et gâté par les restaurations récentes. J’ai visité dans le collège les tombes du Balafré et de sa femme, deux chefs-d’œuvre du seizième siècle (22), et, dans la crypte de l’église, les tombeaux des comtes d’Eu et d’Artois (23). J’ai été la très observé par deux gendarmes auxquels j’ai ri au nez.

Le soir, je suis venu au Tréport, ne pouvant me résigner ô coucher si près de la mer sans l’avoir a la semelle de mes souliers. Je suis content en ce moment, elle vient baver sous ma croisée.

C’est une bien belle chose que la mer, mon Adèle. Il faudra que nous la voyions un jour ensemble.
Je me suis promené toute la soirée sur la falaise. Oh I c’est la qu’on se sent des frémissements d’aile. Si je n’avais mon nid a Paris, je m’élancerais.
Mais tu es là, et je reste, et tant que tu seras la, mon ange, je resterai. Je suis donc pris pour la vie, mais j’aime la cage où tu es.
Je ne sais pas si le désir de voir la mer plus longtemps ne me fera pas aller à Caen au lieu d’aller ô Rouen. En tout cas, écris-moi a Mantes, poste restante. Il me sera facile de faire venir mes lettres de là, si je ne vais pas les chercher moi-môme.

J’écris à Boulanger, et je t’envoie la lettre sous ce pli. Fais-la lui parvenir. Voici aussi pour les petits des petites lettres que tu leur remettras avec autant de baisers qu’elles contiennent de mots.

A bientôt mon Adèle. Ce sera une vive joie que celle de t’embrasser.

Ton Victor.

Mille amitiés a la buona Martina. Bon souvenir a tous ceux qui se souviennent de nous. Comment va ce pauvre bon Nanteuil que j’ai laissé malade ? (24).

 

 

 

 

A Louis Boulanger

Le Tréport

Je suis au bord delà mer, Louis, et c’est une grande chose qui méfait toujours penser a vous. D’ailleurs, vous savez bien que nous sommes deux frères.

Je voudrais que vous fussiez ici, d’abord parce que seriez près de moi, ensuite parce que vous seriez près de la mer. Nous autres, nous avons quelque chose de sympathique avec la mer. Cela remue en nous des abîmes de poésie. En se promenant sur une falaise on sent qu’il y a des océans sous le crâne comme sous le ciel.

Je suis arrivé ici hier soir. En arrivant, j’ai visité l’église, qui est comme sur le toit du village. On y monte par un escalier. Rien de plus charmant que cette église qui se dresse pour se faire voir de loin aux matelots en mer et pour leur dire : je suis là. J’aime bien un matelot dans une église (il y en avait un dans l’église du Tréport). On sent que ces hommes sur qui pèse toujours la mer viennent chercher là le seul contrepoids possible. De tristes choses au bord de l’océan qu’une charte et une chambre des députés

Et bien, j’ai senti que l’art restait grand I Voyez-vous, il n’y a que cela. Dieu qui se reflète dans la nature, la nature qui se reflète dans l’art.

A la nuit tombante, je suis allé me promener au bord de la mer. La lune se levait ; la marée montait ; des chasse-marées et des bateaux pêcheurs sortaient l’un après l’autre en ondulant de l’étroit goulot du Tréport. Une grande brume grise couvrait le fond de la mer où les voiles s’enfonçaient en se simplifiant. A mes pieds l’océan avançait pas à pas. Les lames venaient se poser les unes sur les autres comme les ardoises d’un toit qu’on bâtit. Il faisait assez grand vent ; tout l’horizon était rempli d’un vaste tremblement de flaques vertes ; sur tout cela un râle affreux et un aspect sombre, et les larges mousselines de l’écume se déchirant aux cailloux ; c’était vraiment beau et monstreux. La mer était désespérée ; la lune était sinistre. Il y avait quelque chose d’étrange à voir cette immense chimère mystérieuse aux mille écailles monter avec douleur vers cette froide face de cadavre qui l’attire du regard à travers quatrevingt-dix mille lieues, comme le serpent attire l’oiseau, ûu’est-ce donc que cette fascination où l’océan joue le rôle de l’oiseau ?
Hier, en quelques heures, j’ai vu la mer sous trois aspects bien différents. La première fois, il était deux heures après midi, c’était entre Abbeville et Valines à ma droite. La mer était loin, c’était comme un banc de brume posé sur la ligne extrême de l’horizon. La seconde fois, près d’Eu, le soleil déclinait, le ciel était gris et plein de vapeurs diffuses, la mer emplissait l’intervalle de deux hautes collines ; je ne sais comment tombait le rayon du soleil, on eût dit un triangle d’or massif sans aucun coin sombre ; seulement un léger frissonnement moiré à la surface. Cela m’apparut subitement au haut d’une montée comme un trou éblouissant au bas du ciel terne. Figurez-vous cette vision.

Le troisième aspect, c’était cette marée montante le soir.

Mais voici une lettre sans fin, et je ne vous ai pas encore parlé de vous, cher ami. Il me semble que parler de la mer, c’est parler de nous. Est-ce que nous ne dirions pas cela et mille autres choses si nous étions ensemble ? Oh I je vous voudrais ici, mon excellent ami, pour moi ; vous, mon grand peintre, pour l’océan.

Adieu. Le papier me manque ; je vous serre la main. Faites de belles choses là-bas pendant que j’en vois ici.

Victor H.

 

 

 

Du Tréport, 6 septembre, onze heures du soir.

Je n’ai pu résiter au Tréport. J’en était trop près. Il m’attirait trop violemment m’y voici. J’y suis arrivé cette fois à la marée basse. C’est toujours un lieu ravissant.

Hier, j’ai fait à pied une excursion au Crotoy, charmant petit port vis-à-vis Saint-Valéry, à l’embouchure de la Somme. Au moment où j’arrivais, c’était le départ des barques, chose toujours admirable et toujours nouvelle. Toutes les voiles, dessinées nettement par les angles, s’enlevaient en noir sur le ciel et sur la mer qui éblouissaient. Je t’aurais voulue là, chère amie.

J’ai revisité à Abbeville Saint-Wulfran et sa vieille façade toute rongée par la bise et par la lune. J’ai revu cette belle église avec autant de plaisir que la première fois, il y a deux ans. Elle a quelques rides de plus et je n’en ai pas de moins. – Il y a à l’angle une sublime statue de vieillard à demi enfoncée dans un toit. Ils ont bâti une ignoble maison qui lui monte jusqu’à la ceinture, le vieux saint de pierre les laisse faire sans interrompre sa calme rêverie. A côté de lui, un guerrier que cette honteuse crue de tuiles semble près d’atteindre s’en dégage fièrement. Toutes ces figures sont graves et belles. Il ne faut pas les voir pourtant après celles d’Amiens.

J’ai bien employé ma journée, mon Adèle. J’ai été voir le château de Rambures, beau groupe de tours du treizième siècle (46). Je l’ai dessiné. La route à travers bois était charmante. Quoique fort cahoté, j’ai pu la faire en voiture. Et puis je suis venu au Tréport. J’ai laissé à ma gauche Blangy, riante petite ville cachée dans les peupliers au fond d’une superbe vallée à grands contours. J’ai également laissé de côté la route d’Aumale, qui traçait sur le revers des collines opposées le geste fulminant et tortueux de Mlle Mars dans Tisbé. J’ai traversé Gamaches. L’église a un charmant portail du quinzième siècle (47).

J’ai vu passer à Gamaches deux femmes qui n’étaient pas à la noce. C’étaient deux pauvres contrebandières de tabac prises sur le fait. On les menait en prison à Blangy avec leur tabac, leur déconvenue et leur charrette ornée de deux gendarmes. Je leur ai donné la monnaie que j’avais dans ma bourse.

La route de Gamaches à Eu est fort verte et fort bien entourée. Elle court gaiement le long d’une haute colline qui va aboutir aux falaises. On rencontre de temps en temps un de ces carrés de chanvre qui ressemblent à des forêts de petits cocotiers. On se suppose géant, on est en Amérique.

Mais tu dois être bien fatiguée de cette lettre sans fin, ma pauvre amie. Je la ferme en t’embrassant, ainsi que ton père et les chers petits. -As-tu écrit à M. Naudet que j’étais absent ? – Je ne sais encore si je passerai par Gisors. Mais écris-moi toujours là. Mon itinéraire dépendra des voitures. Je tâcherai pourtant de le diriger vers Gisors. – A bientôt, mon Adèle bien-aimée. – A bientôt, ma Didine. – Mille baisers.

 

 

Dieppe, 8 septembre, 9 heures du soir.

Ceci est probablement chère amie, l’avant-dernière lettre que tu recevras de moi. Le 12 ou le 13 au plus tard je serai à Paris près de toi, près de vous. Quelle joie de t’embrasser I Va, crois-le-bien, je serai heureux, pauvre amie. Le voyage n’est qu’un étourdissement rapide. C’est à la maison qu’est le bonheur.

Chaque jour me rapproche rapidement de vous. Je suis aujourd’hui à Dieppe. J’y étais venu revoir et étudier encore le curieux bas-relief de l’église qui figure en quelque sorte la découverte de l’Amérique. Plusieurs encombres ont retardé la voiture, de sorte que je suis arrivé trop tard. Il était sept heures du soir et l’église était pleine d’ombre quand j’y suis entré. Elle était d’ailleurs admirable à voir ainsi, mais le bas-relief n’offrait à l’œil qu’une croûte de pierre inégale. Impossible d’y rien distinguer. Je venais dans cette église en antiquaire, elle m’a reçu en peintre. Je ne me plains pas.

Il y a une bien belle promenade à faire à Dieppe. Je n’y ai rencontré aucun promeneur. Il faut, à la nuit tombante, suivre le quai méridional, côtoyer un groupe de maisons qui fait la tète d’une rue, et monter derrière le château par un sentier qui grimpe vers la falaise par le bord du fossé. Bien des souvenirs gisent dans ce fossé qu’ont mesuré tant de fois du regard tous ces beaux gentilshommes de la Fronde à la fois si roués et si naïfs. C’est le ravin qui entaille profondément le dos de la falaise et le long duquel descend avec un mouvement ferme et superbe le haut mur du château. Ce mur, encore festonné par endroits de vieux mâchicoulis, laisse à mi-côte une haute tour carrée et en va porter une autre jusqu’au sommet de l’escarpement. Ceci est déjà beau, mais il ne faut pas s’en contenter. Il faut gravir sur la cime môme de la falaise, si l’on n’a pas trop peur des formes vagues qu’on voit sauteler lourdement sur l’herbe. Il faut avancer bravement et n’avoir pas horreur des choses de l’ombre. Quant on sera en haut, on verra.

J’y était tout à l’heure ; je m’étais avancé au bord de la falaise, quelques pas au delà d’une vieille barrière de bois qu’on a mise là sans doute pour les vaches, car je n’y ai pas vu un être humain. A ma droite, un peu au-dessous de moi, le château avec ses toits et ses tourelles faisait un bloc de ténèbres. Quand môme une grosse douve ne me l’eût pas cachée, il m’eût été impossible de distinguer la jolie fenêtre de la Renaissance par où s’était enfuie, il y a bientôt deux cents ans, cette belle madame de Longueville qui était de si bon conseil dans l’occasion et qui avait, dit M. de Retz, une charmante langueur naturelle avec des réveils lumineux et surprenants.

Au-dessous et au delà du château, un abîme ; et dans cet abîme quelques lignes confuses d’ombres et de reflets se coupant à angles droits avec trois ou quatre étoiles rouges éparses et comme noyées dans ce labyrinthe de formes indécises.

C’était Dieppe. A gauche, la mer, la mer infinie, calme, grise, verte, vitreuse, et sur la mer, dispersés à tous les bouts de l’horizon, une vingtaine de bateaux pécheurs pareils à des points noirs qui commencent à avoir une forme en courant silencieusement sur ce miroir livide comme de gros moucherons. Au-dessus de tout cela, un ciel crépusculaire que couvraient de grands nuages sombres crevés çà et là d’une flaque de lumière pôle. La marée montait avec sa rumeur sinistre, par moments un éclat de voix venait de la ville, derrière moi une vache mugissait je ne sais où, de temps en temps le vent faisait sur la mer le bruit d’un immense rideau qu’on secoue. C’était extraordinaire. Rien ne laisse à l’âme une impression à la fois plus vague et plus poignante que les espèces de rôves qui se dégagent parfois de la réalité.

On marche dessus, ils flottent autour de vous.

En descendant, je me suis promené dans le port. J’ai causé avec un douanier qui surveillait le déchargement d’un navire. Ce navire venait de la Baltique, de Stettin, apporter à Dieppe, quoi ? du bois de chauffage ; et ce qui n’est pas moins étrange, c’est qu’il ne remporte rien, absolument rien que des galets dont il fait son lest et qu’il est obligé de jeter plus tard. Ce pauvre port de Dieppe est bien déchu. Il est peut-être le plus amoindri de nos ports de la Manche qui tendent tous à s’engraver.

Ma journée d’hier, chère amie, a été bien remplie. J’étais au Tréport, je voulais voir le point précis où finit la dune et où commence la falaise. Belle promenade, mais pour laquelle il n’y a que le chemin des chèvres et qu’il fallait faire à pied. J’ai pris un guide et je suis parti. Il était midi. A une heure j’étais au sommet de la falaise opposée au Tréport. J’avais franchi l’espèce de dos d’âne de galets qui barre la mer et défend la vaMée au fond de laquelle se découpent les hauts pignons du château d’Eu ; j’avais sous mes pieds le hameau qui fait face au Tréport.

La belle église du Tréport se dressait vis-à-vis de moi sur sa colline avec toutes les maisons de son village répandues sous elle au hasard comme un tas de pierres écroulées. Au delà de l’église se développait l’énorme muraille des falaises rouillées, toute ruinée vers le sommet et laissant crouler par ses brèches de larges pans de verdure. La mer, indigo sous le ciel bleu, poussait dans le golfe ses immenses demi-cercles ourlés d’écume. Chaque lame se dépliait à son tour et s’étendait à plat sur la grève comme une étoffe sous la main d’un marchand. Deux ou trois chasse-marées sortaient gaîment du port. Pas un nuage au ciel. Un soleil éclatant.

Au-dessous de moi, au bas de la falaise, une volée de cormorans pêchait. Ce sont d’admirables pêcheurs que les cormorans. Ils planent quelques instants, puis ils fondent rapidement sur la vague, en touchent la cime, y entrent quelquefois un peu, et remontent. A chaque fois ils rapportent un petit poisson d’argent qui reluit au soleil. Je les voyais distinctement et de très près. Ils sont charmants quand ils ressortent de l’eau, avec cette étincelle au bec.

Ils avalent le poisson en remontant, et recommencent sans cesse. Il m’a paru qu’ils déjeunaient fort bien.

Moi j’avais mal déjeuné par parenthèse. Comme c’était un port de mer, j’avais mangé du beefsteack bien entendu, mais du beefsteack remarquablement dur. A la table d’hôte, où les plaisanteries sont rarement neuves, on le comparait à des semelles de bottes. J’en avais mangé deux tranches, et pour cela j’étais fort envié à la table d’hôte, l’un enviait mon appétit, l’autre mes dents. J’étais donc comme un homme qui a mangé à son déjeuner une paire de souliers. Moi, j’enviais les cormorans.

Une heure après, toujours par le sentier tortueux de la falaise, j’approchais du Bourg-d’Ault, but principal de ma course. A un détour du sentier, je me suis trouvé tout à coup dans un champ de blé situé sur le haut de la falaise et qu’on achevait de moissonner. Comme les fleurs d’avril sont venues en juin cette année, les épis de juillet se coupent en septembre. Mais mon champ était délicieux, tout petit, tout étroit, tout escarpé, bordé de haies et portant à son sommet l’océan. Te figures-tu cela ? vingt perches de terre pour base, et l’océan posé dessus. Au rez-de-chaussée des faucheurs, des glaneuses, de bons paysans tranquilles occupés à engerber leur blé, au premier étage la mer, et tout en haut, sur le toit, une douzaine de bateaux pêcheurs à l’ancre et jetant
leurs filets. Je n’ai jamais vu de jeu de la perspective qui fût plus étrange. Les gerbes faites étaient posées debout sur le sol, si bien que pour le regard leur tête blonde entrait dans le bleu de la mer. A la ligne extrême du champ une pauvre vache insouciante se dessinait paisiblement sur ce fond magnifique. Tout cela était serein et doux, cette églogue faisait bon ménage avec cette épopée. Rien de plus frappant, à mon sens, rien de plus philosophique que ces sillons sous ces vagues, que ces gerbes sous ces navires, que cette moisson sous cette pêche. Hasard singulier qui superposait les uns aux autres, pour faire rêver le passant, les laboureurs de la terre et les laboureurs de l’eau.

Au sortir de ce champ, la scène changeait encore. Le ravin où je marchais se fermait d’un côté, se déchirait brusquement de l’autre, et je ne voyais plus que la terre, la riche terre de Normandie, les plaines à pertes de vue que termine un liseré violet, et au loin les têtes rondes des pommiers. Car c’est encore là une de ces harmonies qu’on rencontre partout à chaque pas, le pommier est une pomme. La forme du poirier s’allonge un peu.

Mon guide était un homme d’Etretat, et ne connaissait pas mieux le chemin que moi. Un moment nous avons marché au hasard. Heureusement nous avons vu venir vers nous, à une intersection de sentiers, un gros fagot de bois sec qui avait deux pieds. C’était un pauvre vieillard, plié en deux sous son fardeau bien plus composé encore d’années que de broussailles. Ce vieux brave homme nous a remis dans notre chemin, ce qui fait que j’ai payé deux guides. L’autre se bornait à me donner de sages conseils.

J’ai demandé au vieux fagotier quel âge il avait. Quatrevingt-deux ans. C’est un âge qu’ils atteignent aisément, hommes et femmes, dans ces pauvres hameaux qui nous font tant de pitié. Et pourtant le travail les courbe, le vent les hâle, le soleil les ride, et ils nous semblent vieux à quarante ans. Au fond, à soixante ans ils sont moins vieux que nous à trente. On s’use moins vite par le dehors que par le dedans.

A deux heures et demie, j’entrais au Bourg-d’Ault. On passe quelques maisons, et tout à coup on se trouve dans.la principale rue, dans la rue mère d’où s’engendre tout le village, lequel est situé sur la croupe de la falaise. Cette rue est d’un aspect bizarre. Elle est assez large, fort courte, bordée de deux rangées de masures, et l’océan la ferme brusquement comme une immense muraille bleue. Pas de rivage, pas de port, pas de mâts. Aucune transition. On passe d’une fenêtre à un flot.

Au bout de la rue en effet on trouve la falaise, fort abaissée, il est vrai. Une rampe vous mène en trois pas à la mer, car il n’y a là ni golfe, ni anse, pas même une grève d’échouage comme à Etretat. La falaise ondule à peine pour le Bourg-d’Ault.

C’est alors que je me suis expliqué le bruit furieux de serrurerie qui m’avait assourdi en entrant dans le village. Ferri rigor, comme dirait Virgile ou Chariot. Les gens du Bourg-d’Ault ne pouvaient être marins ni pêcheurs, ils n’avaient pas de port. Ils se sont faits serruriers. Ils y réussissent, ma foi, car ils ont un gros commerce avec le centre de la France, et ils se vengent de Neptune en lui faisant un tapage infernal aux oreilles.

Il s’envole perpétuellement du Bourg-d’Ault une noire nuée de serrures qui va s’abattre à Paris sur vos portes, mesdames (48).

En examinant la rue j’ai amnistié les masures. Il y a là deux maisons curieuses, une, à droite, du quatorzième siècle (49), l’autre, à gauche, du seizième (50). Sur la première, j’aurais voulu avoir le temps de dessiner les bouts de poutres qui sont énormes et sculptés en tôtes preque égyptiennes. La seconde a des détails ravissants. Les charpentes de la façade ont à de certains endroits des arabesques du goût le plus ferme et le plus pur. La maison du quatorzième siècle est en face. On dirait l’Egypte et l’Italie qui se regardent. Sur celle du seizième siècle, en ne s’arrêtant pas (sans les dédaigner toutefois) aux masques grotesques qui mordpnt le bout des volutes pour amuser les matelots, on trouve des figures, deux surtout, pleines de style et qui ont pour chevelure et pour collerettes des rinceaux exquis. C’est vraiment une charmante apparition. On est au milieu d’un misérable tas de cabanes, dans une rue à peine pavée, à soixante lieues de Rubens, à quatre cents lieues de Raphaël, à six cents lieues de Phidias, à deux pas d’un huissier qui s’appelle M. Beauvisage, on n’a dans la tête qu’une musique de limes, de scies et d’enclumes, on se retourne, et voilà que l’art vient s’épanouir sur la poutre d’une masure, et vous sourit. – Il est vrai que l’océan est là. Partout où est la nature, sa fleur peut pousser, et la fleur de la nature, c’est l’art.

Il n’y a pas que ces deux maisons au Bourg-d’Ault. Il y a aussi une vieille belle église, bien vieille et bien belle, germée au douzième siècle et éclose au quinzième. On la réparait quand j’y suis entré. Deux maçons rampaient à plat ventre sur une échelle appliquée au toit. Dieu veuille qu’on ne la gâte pas I (51).

Comme les maçons y étaient, on m’a refusé l’entrée du clocher, qui est fort haut placé, et doit avoir une vue admirable. J’ai eu beau insister.

Ce qui m’amenait au Bourg-d’Ault, c’est que c’est là que la falaise commence. Pour mon guide, qui était d’Etretat et qui, bien entendu, faisait de sa bourgade le centre du monde, c’est au Bourg-d’Ault que la falaise finit. – Voyez, monsieur, me disait-il, d’une manière assez pittoresque en me montrant la côte qui s’abaissait jusqu’aux plaines, elle finit en sifflet.

J’ai fait quelques pas sur les galets du Bourg-d’Ault, puis je suis remonté dans le village pour redescendre avec la falaise dans les plaines de sable où les dunes viennent aboutir de leur côté.

La mer ronge perpétuellement le Bourg-d’Ault. Il y a cent cinquante ans, c’était un bien plus grand village qui avait sa partie basse abritée par une falaise au bord de la mer. Mais un jour la colonne de flots qui descend la Manche s’est appuyée si violemment sur cette falaise qu’elle l’a fait ployer. La falaise s’est rompue et le village a été englouti (52). Il n’était resté debout dans l’inondation qu’une ancienne halle et une vieille église dont on voyait encore le clocher battu des marées quelques années avant la Révolution, quand les vieilles femmes qui ont aujourd’hui quatrevingts ans étaient des marmots roses.

Maintenant on ne voit plus rien de ces ruines. L’océan a èu des vagues pour chaque pierre ; le flux et le reflux ont tout usé, et le clocher
qui avait arrêté des nuages n’accroche même plus aujourd’hui la quille d’une barque.

Ne pouvant voit cette église évanouie, j’ai visité l’autre avec soin ; l’intérieur du moins, car je viens de te dire ma déconvenue du clocher. Quelques chapiteaux curieux, quelques frises délicates, et d’horribles peintures à accrocher sur les échoppes, voilà tout ce que renferme l’église. Elle est entourée de tombes. Ces petits monuments lugubres poussent volontiers à l’ombre des églises, comme les superstitions autour de la religion. Pourtant les unes ne contiennent que la cendre et la mort, l’autre contient la vie.

Depuis la catastrophe du bas village, tout le Bourg-d’Ault s’est réfugié sur la falaise. De loin tous ces pauvres toits pressés les uns sur les autres font l’effet d’un groupe d’oiseaux mal abrité qui se pelotonne contre le vent. Le Bourg-d’Ault se défend comme il peut, la mer est rude sur cette côte, l’hiver est orageux, la falaise s’en va souvent par morceaux. Une partie du village pend déjà aux fêlures du rocher.

Ne trouves-tu pas, chère amie, qu’il résulte une idée sinistre de ce village englouti et de ce village croulant ? Toutes sortes de traditions pleines d’un merveilleux effrayant ont germé là. Aussi les marins évitent cette côte. La lame y est mauvaise ; et souvent, dans les nuits violentes de l’équinoxe, les pauvres gens du Tréport qui vont à la pêche dans leur chasse-marée, en passant sous les sombres falaises du Bourg-d’Ault, croient entendre aboyer vaguement les guivres de pierre qui regardent éternellement la mer du haut des nuées, le cou tendu aux quatre angles du vieux clocher.

Cet endroit est beau. Je ne pouvais m’en arracher. C’est là qu’on voit poindre et monter cette haute falaise qui mure la Normandie, qui commence au Bourg-d’Ault, s’échancre à peine pour le Tréport, pour Dieppe, pour Saint-Valery-en-Caux, pour Fécamp, où elle atteint son farte culminant, pour Etretat où elle se sculpte en ogives colossales, et va expirer au Havre, au point où s’évase cet immense clairon que fait la Seine en se dégorgeant dans la mer.

Où naît la falaise, la dune meurt. La dune meurt dignement dans une grande plaine de sable de huit lieues de tour qu’on appelle le désert et qui sépare le Bourg-d’Ault, où la falaise commence, de Cayeux, village presque enfoui dans les sables, où finit la dune.

Il m’a fallu traverser ce désert à pied (53). Le nom n’est, en vérité, pas trop grand pour la chose. Figure-toi, chère amie, une immense solitude bornée à l’horizon par de vagues collines. Pas un homme, pas une cabane, pas un arbre. On marche ainsi trois grandes heures. La mer se rue souvent sur ces plaines et jette sur le sommet de toutes les basses ondulations de sable dont elle est formée comme une lèpre de galets. Dans les petites vallées que ces ondulations laissent entre elles, il pousse du gazon maigre et court. Rien dans ces landes ne rappelle la vie dont nous vivons et le monde auquel nous tenons, si ce n’est une batterie qu’on rencontre de distance en distance au bord de la mer avec quelques canons qui font ce qu’ils peuvent pour avoir un air de force et de puissance, mais à chaque marée l’océan crache dessus (54).
A six heures, j’entrais à Cayeux. J’étais vraiment las. Depuis midi je marchais au soleil dans les sables et dans les galets. A Cayeux, j’ai quitté mon guide, je l’ai payé et je lui ai indiqué son chemin pour s’en revenir.

J’ai eu là un bonheur. Il me restait deux lieues à faire à pied pour gagner Saint-Valery-sur-Somme, et j’en étais effrayé. Je rêvais assez mélancoliquement à cette route, tout en suivant la trace de petites croix que les pattes d’un pigeon avaient laissées sur le sable. En ce moment-là un bon gros fermier passait dans sa carriole, il m’a aperçu au milieu des monticules de poussière impalpable où s’enlisent les masures de Cayeux ; il paraît que je lui ai plu, et il m’a offert l’hospitalité dans sa carriole. Il allait comme moi à Saint-Valéry. J’ai accepté vivement, et puis il s’est trouvé que c’était de la vraie hospitalité, plante fort rare ; car lorsque j’ai voulu offrir un prix quelconque à ce brave homme, il s’est presque offensé. J’ai dû me résigner à voyager gratis. Cela ne m’était pas encore arrivé.

Le cheval trottait rapidement la route était redevenue bonne ; avant sept heures nous descendions à Saint-Valéry. Là j’ai quitté mon excellent fermier. J’arrivais à temps pour prendre la patache qui va à Abbeville.

Le port de Saint-Valéry était charmant au crépuscule. On distinguait au loin les dunes du Crotoy et, comme une nébulosité blanchâtre, les vieilles tours arrachées et démolies au pied desquelles j’avais dessiné deux jours auparavant (55).

Au premier plan, à ma droite, j’avais le réseau noir et inextricable des mâts et des cordages. La lune, qui se couchait hier une heure après le soleil, descendait lentement vers la mer ; le ciel était blanc, la terre brune, et des morceaux de lune sautaient de vague en vague comme des boules d’or dans les mains d’un jongleur.

Un quart d’heure après j’étais en route pour Abbeville. J’ai toujours aimé ces voyages à l’heure crépusculaire. C’est le moment où la nature se déforme et devient fantastique. Les maisons ont des yeux lumineux, les ormes ont des profils sinistres ou se renversent en éclatant de rire, la plaine n’est plus qu’une grande ligne sombre où le croissant de la lune s’enfonce par la pointe et disparaît lentement, les javelles et les gerbes debout dans les champs au bord du chemin vous font l’effet de fantômes assemblés qui se parlent à voix basse ; par moments on rencontre un troupeau de moutons dont le berger, tout droit sur l’angle d’un fossé, vous regarde passer d’un air étrange ; la voiture se plaint doucement de la fatigue de la route, les vis et les écrous, la roue et le brancard poussent chacun leur petit soupir aigu ou grave, de temps en temps on entend au loin le bruit d’une grappe de sonnettes secouée en cadence, ce bruit s’accroît, puis diminue et s’éteint, c’est une autre voiture qui passe sur quelque chemin éloigné. Où va-t-elle ? d’où vient-elle ? la nuit est surtout. A la lueur des constellations qui font cent dessins magnifiques dans le ciel, vous voyez autour de vous des figures qui dorment et il vous semble que vous sentez la voiture pleine de rêves.

Pardon, chère amie, je t’écris toutes mes impressions. Comme elles viennent à moi, elles s’en vont vers toi. Toutes mes sensations comme tous mes sentiments sont à toi.

A onze heures du soir j’étais à Abbeville.

Mon projet était de retourner aujourd’hui par mer à Etaples. Il m’a fallu y renoncer. Les heures de la marée ne s’accommodaient pas avec ma fantaisie. Je ne t’ai pas assez parlé de ce joli hameau d’Etaples. Il y a là une auberge comme je les aime, une petite maison propre, honnête, bourgeoise, deux hôtesses qui sont deux sœurs, jeunes encore, fort gracieuses vraiment, de fort bons soupers de gibier et de poisson, et sur la porte un lion d’or qui a un air tout doux et tout pastoral, comme il convient à un lion mené en laisse par deux demoiselles. Les deux maîtresses du logis font bâtir en ce moment, elles agrandissent leur maison. C’est de la prospérité. J’en ai été charmé.

Je n’ai pas trouvé de meilleure auberge dans toute la Belgique. J’excepte pourtant Louvain et Fumes. A Louvain, c’est l’hôtel du Sauvage, tenu par une brave grosse châtelaine flamande, la cordialité même. A Fumes, c’est l’hôtel de ta Noble Rose, vieux nom de senteur allemande qui m’avait attiré. L’hôtesse ici est une jeune fille, fille des maîtres du logis, jolie et modeste, et pourtant accueillant bien, sans mines et sans pruderie. On ne voit pas ses vieux parents. C’est elle qui fait tout dans la maison et qui gouverne le groupe grossier des servantes comme une petite fée. Elle a un air de dignité singulière que rehausse sa grande jeunesse. Je lui disais entre autres fadaises que la noble rose n’était pas seulement sur son enseigne.

C’est pourtant dans cette charmante auberge que s’est nouée et dénouée une hideuse aventure. Te souviens-tu du procès de ce Mark et de cet Armand qui avaient assassiné une femme dans les dunes, dans ces mêmes dunes où j’ai fait une si riante promenade, et qui l’y avaient ensevelie ? C’est de l’auberge de Fûmes, la Noble Rose, qu’ils étaient partis, pour se promener, disaient-ils, avec cette pauvre jeune femme, qui était mariée à l’un deux. Le soir, ils revinrent sans elle et se hâtèrent de partir pour la France. Mais ils avaient oublié quelque chose, leur bourse, je crois, dans l’auberge; ce qui les força de rétrograder, croyant d’ailleurs leur crime bien enfoui. Mais la mer avait son rôle dans ce drame fatal, elle était montée cette nuit-là jusqu’à la dune et avait déterré la femme morte, si bien qu’au même jour, au même instant, la providence amenait d’un côté, à l’auberge de ta Noble Rose, la civière où était le cadavre, et de l’autre main la diligence qui portait les assassins. Au moment où ils arrivèrent, le bourgmestre interrogeait le maître de l’auberge sur les deux étrangers inconnus, meurtriers présumés de cette femme; il n’eut qu’à se retourner vers les voyageurs qui descendaient de la diligence pour dire : – Les voici.

C’étaient deux comédiens. L’un deux. Mark, homme d’une figure assez belle, quoique sinistre, avait joué le duc de Raguse à l’Odéon dans le Napoléon de Dumas. C’étais le fanfaron, l’homme fort, l’inventeur du crime ; Armand, caractère faible, obéissait. Aux assises, Mark, bâtard d’un ministre, disait-on, fut hautain et hardi, Armand pâle et abattu. Ils furent condamnés. Le brave mourut en lâche, et le lâche en brave. – Toute cette histoire a tourné autour de la Noble Rose.

Ne pouvant aller à Etaples, j’ai changé mon itinéraire, et je suis venu à Dieppe. Ce matin je déjeunais à Eu. L’église méritait bien d’être vue deux fois. C’est une belle nef et qui fait de loin un superbe profil à la ville. L’église du collège lui ressemble beaucoup à distance, et, quand on arrive

par la route d’Aumale, on voit l’une derrière l’autre ces deux églises, la petite répétant la grande, comme un écho.

Pendant que j’attendais mon déjeuner, je voyais la cuisinière soigner avec inquiétude je ne sais quel ragoût composé d’orties blanches mêlées de jaunes d’œufs écrasés et cuites à petit feu. Je lui ai demandé pour qui ces épinards. Elle m’a répondu : Pour mes dindons. Et puis elle m’a expliqué la chose. Ces dindons sont des dindonneaux. Rien n’est plus difficile à élever qu’un dindon, etc. Je l’ai suivie quand elle leur a porté leur déjeuner, et j’ai écouté avec grand plaisir la conversation de ces messieurs, qui valait, je t’assure, bien des conversations de table d’hôte. -Souvent les hommes gloussent et les bêtes parlent.

 

 

8 septembre. – Compiègne. – Loué un cabriolet 15 francs par jour.

9 septembre. – Parti pour Amiens à midi. – Cheval blessé. Une heure à Montdidier. – Vu les églises, le jacquemart. Statue de Parmentier, en habit de l’institut, une pomme de terre à la main, le tout en bronze y compris la pomme de terre. Décidément pour n’ôtre pas ridicule en bronze, il faut avoir pensé ou combattu.

A Moreuil à 6 heures du soir. Affreux gîte. Dîné et couché à Moreuil. Vers faits en dormant dans la nuit du 9 au 10 à Moreuil : (sur l’empereur, -moment où l’on délibérait sur lui après Waterloo)

Les rois ne savaient plus que faire du Titan, effrayant captif

Quel captif pour ces mains que le maître du monde I Ils songeaient, le cour plein d’une angoisse profonde.

Et, tout tremblants encor de l’avoir vu tomber.

L’œil fixé tout à tour sur le colosse et l’onde.

Cherchaient un océan qu’il ne pût enjamber.

10 septembre – A 6 heures à Ailly-le-Haut-Clocher. – Vieille auberge blanche vis-à-vis la poste. Le gîte paraît passable. C’est la fôte du pays. Peu de choléra. Une paysanne met son corset devant ma fenêtre. Petite pluie. Les meuniers ont replié les toiles des ailes des moulins, signe de mauvais temps.

11 septembre – Abbeville. – Pluie. Parti à 4 heures pour Saint-Valery-sur-Somme. Arrivé à 6 heures. Logé au PèreAdem. Bon gîte.

Charmant trajet d’Abbeville à Saint-Valery-sur-Somme. Le soleil reparaît. Prés trempés et étincelants. Vaches et troupeaux dans les pâturages. Calme profond. Gouffre de lumière dans les nuages. A mi-chemin vieille maison presque enfouie dans des arbres immenses. Portes et volets clos. Tout fermé excepté deux mansardes dont les vitres flamboient comme des yeux. A l’air d’un hibou dans son trou.

Mon cocher malade. A Ailly-le-Haut-Clocher, des ivrognes qui étaient dans l’auberge se sont réveillés au milieu de la nuit et l’ont fait

lever. Ils se sont attablés en buvant et en chantant. Vers quatre heures du matin est passé un violon qui revenait d’Abbeville avec un hercule du nord. Ils ont arrêté le violon, l’ont fait boire, et le tapage a recommencé compliqué de musique. L’hercule se vantait de cogner deux hommes l’un contre l’autre. Un des ivrognes est venu tambouriner à la porte de ma chambre, voulant y entrer en payant, disait-il. Il est tombé devant le seuil et s’y est endormi. Tout ce vacarme a rendu mon cocher malade.

A mesure qu’on approche de la mer les prix baissent, le déjeuner coûte 45 sous à Compiègne, 35 sous à Amiens, 30 sous à Abbeville, 25 sous à Saint-Valéry, le vin en sus.

Saint-Valery-sur-Somme est un des plus charmants lieux de la côte et ne le cède ni au Tréport, ni au Bourg-d’Ault, ni à Etretat. C’est ici que Guillaume de Normandie s’embarqua en 1066 sur une flottille de quatre eents voiles pour aller prendre l’Angleterre. Après les conquérants il y a eu les voleurs. J’ai traversé là-haut en arrivant un hameau appelé Pinche-falise. Lisez pince-valise. Sur la porte de l’église on lit ceci écrit à la craie : Votons tous pour Louis-Napoléon Bonaparte.

12 septembre. – Parti à une heure pour le Tréport. L’hôte du Père Adam est un alsacien compatriote du maréchal Ney sous lequel il a servi. Il s’appelle François Vidnsoller, on le nomme dans le pays M. François. Sa femme est anglaise.

Arrivé au Tréport à 6 heures. Descendu ou plutôt monté à l’Hôtel de la ville de Calais,, le même où je logeai en 1835.

13 septembre. – Parti pour Dieppe à 3h 1 /2. La mer était admirable au Tréport, la même mer que lorsque je la vis pour la première fois il y a quatorze ans : la mer moutonnante. Immensitremor oceani. D’immenses panaches blancs jetés sur les flots. On a déplacé la croix de pierre. On a dressé une batterie côtière de cinq pièces de canon. Le vieux musoir a été refait. J’ai revu l’église. On l’a assez mal restaurée. Il n’y a plus d’ex voto. Une glace sur le maître-autel. C’est la seule que j’aie jamais vue dans une* église.

Une bourgeoise venue de Paris ne voulait pas laisser sa fille âgée de sept ans jouer en se baignant avec la fille d’un pécheur âgée de cinq ans. Hélas I où les petits enfants sont-ils égaux, si ce n’est devant l’océan et devant Dieu ?

Arrivé à Dieppe à 7 heures du soir. Hôtel du nord. Dîné et couché. (Force puces).

15 septembre. – Revu Beauvais, inconnu et admirable.

16 septembre. – Parti- à midi. Il y a à Beauvais une maison en charpente. Les intervalles remplis de faïences peintes et de poteries les plus curieuses du monde ; lors du siège de la ville par Charles le Téméraire (1472) un boulet traversa les grandes verrières de la cathédrale et tomba aux pieds des chanoines. Le passage du boulet est marqué par des verres bleus. Un autre boulet en fonte s’incrusta dans le mur d’une vieille maison où il est encore visible. Entre Beauvais et Clermont, j’ai lu ce vers charbonné sur la porte d’une chaumière :

Guillot et son mulet, c’est la môme Dersonne.

A Clermont l’église et la vieille porte de Nointel sont criblées des boulets et des mitrailles de Charles le Téméraire. J’y ai vu affiché pour le même dimanche soir 16 y™, au profit des pauvres, Napoléon // ou Les deux destinées, scène par Victor Hugo, jouée par M. Gustave, amateur.

Une prisonnière se peignait et lissait ses cheveux derrière les barreaux de la prison. (Il y a à Clermont une maison centrale pour femmes).

17 septembre. – Parti pour Saint-Leu à une heure 1 /2 par le chemin de fer.

 

 

 

NOTES

(1) Article repris dans « littérature et philosophie mêlées » en 1834. Le passage sur Soissons et Braisne fut inspiré par la visite qu’il en fit avec NODIER lors de leur voyage à REIMS pour le sacre de Charles X.

(2) L’Abbaye St-Jean-des-Vignes à Soissons construite du XMI#m* au XVI*m* siècles fut en grande partie détruite à la demande de i’évéque sous Napoléon 1 *r.

CF. HELIOT. P. L’ancienne église abbatiale St-Jean-des-Vignes à Soissons.

The Antiquaries Journal UX 1975 p. 113-120.

(3) B RAINE – L’ancienne abbatiale St-Yved. – fut construite aux Xll*m* et XJII*m* siècles.

L’église existe encore en partie aujourd’hui.

CF. Congrès Archéologique de France, tenu à REIMS en 1912 – PARIS -1913p. 428 è 440.

(4) Article publié dans « La Revue des Deux Mondes » en 1832. et repris dans « Littérature et Philosophie méiées » en 1834.

(5) La tour dite de « Louis d*Outremer » avait en fait été bétie sous le règne de Philippe AUGUSTE.

CF. de SARS – M. HISTOIRE DES RUES ET DES MAISONS DE LAON – SOISSONS 1932.

(6) BEAUVAIS, Victor Hugo a laissé dans ses carnets divers dessins de ce voyage et notamment celui des deux tours construites en 1306 sous l’épiscopat de Simon de Clermont de Nesle.

CF. Congrès Archéologique de France – tenu è Beauvais en 1905 – Paris -1906.

(7) La cathédrale de Beauvais comporte un choeur du XIII*' »* siècle et un transept de la 1 moitié du XV1*m* siècle. Le gigantisme du projet ne permit pas son achèvement, ce qui explique la subsistance è l’Ouest de la nef de la « Basse Oeuvre » cathédrale de la fin du X* »** siècle.

CF. Congrès Archéologique de France – tenu è Beauvais en 1906 LEBLOND. V. « La cathédrale de Beauvais » 1926.

BONNET LABORDERIE – Ph – La cathédrale St-Pierre de Beauvais • GEMOB -1978.

(8) Victor HUGO a vu également l’Hôtel de Ville de CLERMONT, édifice dont il a dessiné ia tour crénelée formant la façade arrière, et un des fleurons sommant les fenêtres ainsi que la cathédrale de SENUS. construite aux Xll*m* et XVI*m* siècles. Un dessin porte ia mention « débris dessiné dans ie clocher de Senlis ». Voir congrès Archéologique de France tenu è Beauvais en 1905 et AUBERT – M. Monographie de la cathédrale de SENLIS – 1910.

(9) La maison de la Fontaine, édifice construit è la fin du XVI *me, est actuellement le siège du musée La Fontaine.

Voir BARBEY – A. Notice historique sur la maison natale de Jean de la Fontaine è CHATEAU-THIERRY -PARIS -1870.

(10) Entre CHATEAU-THIERRY et SOISSONS, Victor HUGO voit également l’église d’OULCHY-LE-CHATEAU. édifice du XJ*m* siècle, en grande partie reconstruit au XII* »* et achevé au début du Xlll*m* dans ses parties Ouest.

Cf. LEFEVRE-PONTAUS. E. « L’Architecture Religieuse dans l’ancien diocèse de Soissons aux XI* et Xil*m* siècles » PARIS – 1894

(11) Sur St-Jean-des-Vignes voir supra note 2.

(12) Le chflteau de SEPTMONTS comporte une salle voûtée du XIV*m* siècle et un magnifique donjon du XV9m* siècle où Victor Hugo et Juliette DROUET ont laissé un graffiti. Le iogis Renaissance que Victor HUGO se proposait d’acheter datait du XVI#m 8 siècle. « Restauré » vers 191 Oet bombardé en 1918. il est actuellement en ruines.

Cf. EYDOUX H P. Châteaux Fantastiques – Tome I – PARIS -1969 – p. 241 252 et ANCIEN B.-SEPTMONTS. son château et ia vallée de ia Crise – PARIS – 1971.

(13) le château de CUUCY, édifié au Xlllem*, était célèbre pour son formidable donjon qui fut dynamité par les armées allemandes en 1917.

Parmi une abondante bibliographie voir FINO. J.F. Forteresses de la France Médiévale – PARIS 1967 et ENAUD F. COUCY – CNMHS. PARIS – 1978.

(14) Sur LAON et sa cathédrale voir Congrès Archéologique de France tenu è REIMS en 1912 – PARIS -1913. et de SARS – M – Histoire des rues et des maisons de LAON – SOISSONS 1932.

(15) L’Hôtel de ville de ST-QUENTIN, édifié de la fin du XV*™ au début du XVI*.

Cf. JOURNEL Ch et LEMAITRE H. L’Hôtel de ville de St-Quentin – Son Histoire. L’édifice. Mémoires de la Société Académique de St-Quentin Tome 52. 1940. p. 77 è 96.

(16) Cette maison è pans de bois richement sculptée fut vendue et démontée en 1842 pour laisser place au Théâtre de Saint-Quentin, sur le côté Ouest de la place de l’Hôtel de Ville. Elle portait la date de 1598, date è laquelle elle fut édifiée pour le marchand Jehan HEUZET, lequel fut maire de St-Quentin en 1607. Selon la tradition, les sculptures auraient été réalisées en Angleterre.

Cf. HACHET J. LA MAISON DE L’ANGE – Publications locales du Journal de St-Quentin N° 13. Oct. 1902 et GOMART Ch. Bulletin Monumental – Tome XX 1854 p. 572 – 575

(17) Le beffroi de Peronne, dont Victor HUGO a laissé un dessin, fut édifié en 1397 II fut abattu en 1844. Cf. « la Picardie Historique et Monumentale » Arrondissement de PERONNE AMIENS 1923.

Le Carnet de 1835 mentionne également « A 1/2 lieue de PERONNE. Peulven de Doingt ». Il s’agit d’un menhir encore visible aujourd’hui et qui figure dans les planches des Voyages Pittoresques de TAYLOR et NODIER.

Cf. Annuaire statistique du Département de la Somme pour l’année 1837. VAST – H – Amiens 1837 p. 91.

(18) Les tours de l’église St-Pierre de CORBIE, édifice dont ne subsistait que la nef après la destruction du

chœur et des transepts en 1917. Il avait été construit pendent la 1 moitié du XVHI*m* siècle. A proximité se

trouve le “Mont THABOR » vestige des fortifications qui domine un fossé, vraisemblablement la circonvalation dont on parle HUGO.

Cf. La Picardie Historique et Monumentale. Arrondissement d’Amiens 1899.

(19) Les ruines du donjon de BOVES, construit au Xil’m« siècle. Les seigneurs de BOVES étaient alliés è la famille de COUCY.

Cf. SEYDOUX – Forteresses Médiévales du Nord de la France • PARIS 1979. et CRAMPON – M. Le canton de BOVES – AMIENS. C.R.D.P. 1980. PICQUIGNY – Voir infra note 32.

(20) Sur la cathédrale d*AMIENS voir DURAND-G. Monographie de l’église cathédrale Notre-Dame d’Amiens. 2 vol AMIENS 1901-1903

Sur Josoph BARD. littérateur 1800-1861. voir GELY – C. Victor HUGO • Voyages France et Belgique -GRENOBLE – 1974.

(21) Sur l’église collégiale St-Vulfran, l’église St-Gilles et les vieilles maisons d’Abbeville voir La Picardie Historique et Monumentale. Arrondissement d’ABBEVILLE-AMIENS. 1904. Pour lea sculptures de la façade, voir ZANETACCI H. in Bulletin Monumental – Tome 96 – 1936 – pp. 333 è 368.

(22) Ces sculptures du XVII’m* siècle se trouvent dans la chapelle du collège des Jésuites.

Cf. Dr COUTAN in Congrès Archéologique de France tenu è AMIENS en 1936 p. 420 è 428.

(23) Les gisants, restaurés au XIX’m< siècle, se trouvent dans l’église Notre-Dame et Saint-Laurent.

Cf. Dr COUTAN op. Cit.

(24) Victor HUGO quitte alors la Picardie pour la Normandie après une nuit passée au Tréport.

(25) Victor HUGO a dessiné dans son carnet le chéteau de MONTEPILLOY construit è la fin du Xll#m’ et transformé aux XIV et XV’™ siècles. Voir sur cet édifice HARMAND J. Bulletin Monumental -1979 – tome 137, Il et MESQUI J. Bulletin Monumental 1979. Tome 137, IV.

(26) Sur NOYON et sa cathédrale voir SEYMOUR. C. Jr La Cathédrale Notre Dame de NOYON su XII*™ siècle -PARIS-GENEVE – 1975. et Congrès Archéologique de France – tenu è BEAUVAIS en 1906 – p. 170 è 190.

(27) Le château de PIERREFONDS fut construit au XV’™ pour Louis d’Orléans. Il était en ruines quand Victor HUGO le visita en 1835. De 1857 è 1879 VIOLLET LE DUC le reconstruisit entièrement pour l’empereur Napoléon iii.

Cf. Jean MESQUI. Les châteaux de Louis d’Orléans et leurs architectes. Bulletin Monumental 1980- tome 13a III. et HARMAND J. PIERREFONDS. La forteresse d’Orléans-Réalités – Le Puy en Veiay – 1983.

(28) Sur les églises de CREIL voir : Pour l’église St-Evremond (détruite). Bulletin Monumental PARIS -1904. Pour l’église St-Médard – Bulletin Monumental • PARIS -1920.

(29) Sur BRETEUIL et ses monuments – Voir GRAVES – L. Précis statistiques du canton de BRETEUIL. BEAUVAIS 1843.

Cf. BATICLE Abbé. C.A. Nouvelle Histoire de BRETEUIL EN BEAUVAISIS. BEAUVAIS -1891.

(30) Sur AMIENS – Voir “La Picardie Historique et Monumentale » AMIENS 1893 et Congrès Archéologique de France tenu è AMIENS en 1936.

(31 ) Pour son voyage. Victor HUGO a très vraisemblablement utilisé le bateau è vapeur « les jumeaux » de la société GRANDSIRE et compagnie. Les tarifs du billet de 1 clesse et des transports de bagages, notée dans les carnets de Victor Hugo coïncident en effet avec ceux que donne l’annuaire statistique de la Somme pour l’année 1837.

(32) PICQUIGNY. Forteresse des vidâmes d’AMIENS construite au XIV’™ siècle.

Cf. La Picardie Historique et Monumentale, arrondissement d’AMIENS. 1893 et SEYDOUX Ph. Forteresses Médiévales du Nord de la France PARIS -1979.

(33) Ce second châteeu, propriété de M. de BOUBERS, est celui de LONG.

Cf. Notice nécrologique sur M. le comte Amédée Chartes Marie de BOUBERS ABBEVILLE mort au château de LONG près d’ABBEVILLE le 31 Janvier 1846“ par le Compte Prosper de la FAYE – PARIS – 1846. Voir également – Notice sur LONG et LONGPRE-LES-CORPS-SAINTS et leurs seigneurs. Abbé DELGOVE. Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie – Tome XVII – AMIENS 1860 – SARTRE J. Châteaux « Brique et Pierre en Picardie » – PARIS • 1973.

(34) Sans aucun doute les ruines du château d’EAUCOURT. Voir la Picardie Historique et Monumentale, et Ph. SEYDOUX – Forteresses Médiévales du Nord de la France – PARIS -1979.

(35) Sur ST-RIQUIER et son abbaye voir DURAND G. in « La Picardie Historique et Monumentale ». ,

(36) Cette Maris Stella se trouve dans la chapelle de la Vierge sur le deuxième culot du côté Sud en entrant. Elle date du XV1’rn’ siècie.

(37) La carte de l’Etat Major établie en 1839 montre une telle quantité de moulins le long de cette route que l’identification est Impossible.

(38) Sur la citadelle de DOULLENS voir “Histoire de la ville de DOULLENS » par l’abbé DELGOVE. AMIENS •1866 et PfERSON – Lieutenant-Colonel. La citadelle de DOULLENS – .s L . 1974.

(39) Suivent dea lettres consacrées notamment è BOULOGNE. ETAPLES. et surtout MONTREUIL SUR MER dont Victor HUGO se souviendra quelques années plus tard pour le décor des Misérables.

(40) La Loi Thiers du 24 Août 1836. Voir GELY. C. Victor HUGO • Voyages France et Belgique. GRENOBLE -1974.

(41 ) Le moulin, dont DUTHOIT a laissé un dessin, est aujourd’hui détruit. Il marquait l’emplacement où. selon la tradition, Edouard III aurait surveillé la bataille

(42) Détail inexact. L’église de CRECY, construite aux XV’™ et XVh™ siècles n’a pu “voir » la bataille de CRECY en 1346. Cf. La Picardie Historique et Monumentale. Arrondissement d’Abbeville AMIENS 1904.

(43) Cet édicule composite, fort bien décrit per Victor HUGO, existe encore – Les chipiteaux de l’étage inférieur sont de la fin du Xllem*. Mais il ne s’agit pas d’une fontaine. Des documents des XVII et XVIIierna en parlent comme d’une croix de marché ou croix de bourg.

Cf. La Picardie Historique et Monumentale et la lithographie des voyages Pittoresques dans l’ancienne France de TAYLOR et NODIER.

(44) LAMBERT de BEAULIEU, dans une note écrite en 1835 dit ceci :

« BERNAY, village bien béti, traversé par ia grand route d’ABBEVILLE à MONTREUIL SUR MER. L’Hôtel de France, où nous avons logé, date de 1661. Quant è l’Hôtel de la Poste où descendent principalement les riches anglais, c’est un bel hôtel, è balcon tout neuf. Cette auberae rivalise pour la décoration extérieure et le luxe de l’intérieur et même pour le service, avec les premières auberges des villes principales de France ». Manuscrit CB 15 de la bibliothèque des Antiquaires de Picardie. Voir surtout Arrondissement d’ABBEVILLE -1906. « LA PICARDIE HISTORIQUE ET MONUMENTALE ».

(45) Non. Le recensement de 1836 dénombre 595 habitants et 132 maisons è BERNAY. L’impression de Victor HUGO vient de ce que l’Hôtel de la poste se situait un peu è l’écart du village.

(46) Erreur de Victor HUGO. Le château de RAMBURES. étonnante fortification en brique et pierres date de la seconde moitié du XV*m* siècle.

Cf. FINO – Forteresses de la France Médiévale PARIS 1967 et SEYDOUX Ph. Forteresses médiévales du Nord de la France – PARIS 1979.

(47) Sur l’église de GAMACHES voir « La Picardie Historique et Monumentale » et le Congrès Archéologique de France, tenu è AMIENS en 1936.

(48) Le recensement de 1836 dénombre 1360 habitants è AULT, dont 278 serruriers. A propos de la serrurerie voir BRIEZ P. Notice sur la serrurerie de Picardie. Abbeville 1857 et DECAYEUX. WALLOIS – Mémoire sur l’industrie du fer dans le Vimeu. 1849 Manuscrit 787. Bibliothèque d’ABBEVILLE.

(49) Cette maison, è main droite en venant de la mer date du XV,m* siècle et se situe entre les actuels numéros 16 et 18 Grande Rue. On la connaissait è la fin du XIX*m* siècle sous le nom de « MAISON LANDOT ».

(50) Cette seconde maison pourrait être l’actuel numéro 5 Grande Rue. Bien que la façade sur rue ait été refaite en briques, on remarque encore une partie d’une très belle sablière ornée de rinceaux griffons et mascarons de style Renaissance conformes è la description de Victor HUGO.

Sur ces deux maisons vois GUILMETH A. Notice sur le Bourg d’AULT-AMIENS 1851 et de FRANQUEVILLE A. In Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie – Tome XXI • 1901 – 1903 p. 692 et 693.

(51 ) Sur l’église d’AULT, voir la Picardie Historique et Monumentale et RODiERE et DES FORTS « LE PAYS DU VIMEU » AMIENS – PARIS – 1938.

(52) Quoique fantaisiste, le récit de Victor HUGO se fonde sur un événement réel survenu en 1772. Le Perroir d’AULT, hameau qui formait le port, fut alors détruit par un petit raz de marée qui emporta une vingtaine de maisons. Le toponyme « Hable d’AULT » garde le souvenir de ce port.

Cf. Lettre de M. BECQUET du 4 Septembre 1772 écrite è AULT et conservée aux archives Départementales de la Somme – C. 1530.

(53) Le désert nommé au XVIII* »* “Bas Champs du Bourg d’AULT ou de CAYEUX » est aujourd’hui appelé « Hable d’AULT ».

(54) Les corps de garde sont effectivement mentionnés sur la carte de l’Etat Major de 1839. Voir BEAUCOUR F. Le défense des côtes picerdes de l’an III (1795) è l’an XII (1803) In. Bull de la Société des Antiquaires de Picardie – Amiens 1970. p. 365 è 395.

(55) La ville du CROTOY était autrefois fortifiée d’une enceinte et d’un château ou Jeanne d’Arc fut emprisonnée. Le château fut détruit au XVII*m* siècle. L’enceinte comportait encore deux tours du temps de Victor HUGO. Une seule subsiste actuellement.

(56) Sur l’église St-Pierre de MONTDIDIER, édifice de la fin du XJV<‘ne au XVI*m«, voir « La Picardie Historique et Monumentale » Arrondissement de MONTDIDIER 1895.

(57) L’église de MOREUIL fut bâtie dans la seconde moitié du XVI*™ siècle. Voir « La Picardie Historique et Monumentale » Arrondissement de MONTDIDIER 1902.

(58) Sur AILLY-LE-HAUT-CLOCHER

Voir « La Picardie Historique et Monumentale » Arrondissement d’ABBEVILLE • 1905. et SAUTY M. En parcourant l’Histoire d’AILLY-LE-HAUT-CLOCHER. AMIENS • 1977.

(59) Sur Saint-VALERY-Sur-SOMME –

Voir LE PAYS DU VIMEU – RODIERE R. et DES FORTS Ph.

et « La Picardie Historique et Monumentale » Arrondissement d’ABBEVILLE 1905.

(60) Sur BEAUVAIS, voir notes 6 et 7.

Sur la « Maison aux Fayences » voir les catalogues d’Exposition. « BEAUVAIS PAR CEUX QUI L’ONT VU » Musée Départemental BEAUVAIS 1977. et « LA CERAMIQUE ARCHITECTURALE 1900 DANS LE BEAUVAi-SIS” Musée Départemental de BEAUVAIS 1980.

(61) Sur COMPÏEGNE, voir le Congrès Archéologique de France tenu è BEAUVAIS en 1905. p. 131 è 141.

(62) pour CLERMONT voir note 8.

Source: Lettres et dessins de Picardie by Victor Hugo

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