Marie Papin, une femme de tête « Le Tréport « 

Au cours d’une recherche au sein des fonds conservés aux archives départementales de l’Oise, nous avons découvert la lettre manuscrite suivante, rédigée par une tréportaise nommée Marie Suzanne Papin : « Monsieur,J’ai été avertie par un chasse-marée que j’envoye incessamment le mémoire du poisson que j’ai envoyé à monseigneur l’Evêque de Beauvais en l’année 1781. Le voici : (suit une facture détaillant neuf livraisons s’échelonnant du 9 août au 25 octobre 1781 pour du « caraux » (carrelet), limande, sole, turbot, turbotin, merlan, raie, dorade, vive, maquereau, hareng frais, crevette, truite, mulet, rouget barbet et même des homards !). Voilà, Mon-sieur, les envoyes qu’il m’est dû qui montent à la somme de deux cent cinquante quatre livres que je vous prie, Monseigneur, d’avoir égard que c’est une marchandise en poissons que j’ai payée comptant ainsi que les voitures et voyant que la somme n’est point considérable, je vous prie de ne point être si longtemps à me payer si vous pouvez. Je suis prête à obéir à Monseigneur à ce qu’il lui plaira de me demander. Monsieur, votre très humble et très obéissante servante,Marie-Suzanne Papin Commissaire pour la provision du Roy Du Tréport, le 15 janvier 1782 ».

Mais qui est donc Marie Suzanne Papin qui s’exprime avec une aisance et une fermeté respectueuse ? À l’issue de quelques recherches, nous découvrons que Marie Suzanne Papin, baptisée à Auquemesnil le 9 mai 1729, demeure et travaille comme servante chez Jean Cointrel dit « Fontaine », laboureur au Tréport, lorsqu’elle épouse le samedi 3 juillet 1756 Charles Carpentier dit « Bassier », chasseur de montures (valet de meunier) ; Marie Suzanne Papin est alors domiciliée depuis huit ans au Tréport. Union de courte durée malheureusement, puisque Charles Carpentier, âgé d’environ 25 ans, décède le dimanche 25 juin 1758 au Tréport. Il est inhumé le lendemain dans l’église Saint-Jacques moyennant la somme de 20 livres ; Marie Suzanne Papin débourse aussi la somme de « Une livre quinze sols pour 7 épintes sonnées » (coups de cloche isolés dont la répétition annonce l’agonie d’un malade).

Le temps du deuil passé, Marie Suzanne Papin épouse, le mardi 27 février 1759, au Tréport, Louis Get, meunier, né à Touffreville-sur-Eu le 15 octobre 1736. Au préalable, le 22 février, les futurs époux ont signé, devant Jean François Le Seigneur, notaire à Eu, un contrat de mariage : si Louis Get déclare « n’avoir aucun bien meuble ni immeuble sinon une somme de trente livres d’argent », Marie Suzanne Papin « a déclaré qu’elle a en sa possession pour la valeur de trois cents livres de meubles et effets », dot qui semble comprendre aussi quelques bijoux. Par ailleurs, outre le fait que Marie Suzanne Papin se trouve, le 18 mars 1781, adjudicataire après plusieurs criées aux rabais du nettoiement des rues pour une durée de six ans et pour la somme de 9 livres par an, adjudication qu’elle remporte à nouveau le 1er avril 1787, les archives municipales du Tréport nous révèlent aussi que le 14 avril 1785, Marie Suzanne Papin demeurant au Tréport, rue Suzanne, qui a « fait depuis plus de trois ans sa résidence en ce bourg et qu’elle a d’ailleurs satisfait aux devoirs des gabelles », est reçue au nombre des Bourgeois du Tréport pour « jouir des droits, franchises et privilèges qui y sont attaché ».

Enfin, sachant avec élégance doser rigueur et déférence dans sa lettre du 15 janvier 1782, aussi sûre de ses droits qu’elle est consciente de ses devoirs, Marie Suzanne Papin ne tarde pas à être réglée du montant de sa facture par Monsieur Delavacquerie, receveur général de l’Evêché de Beauvais ; en effet elle reconnaît « avoir reçu de Monsieur Bourdon Mareyeur une somme de deux cents cinquante livres pour solde conte du poisson que j’ai envoyé à Monseigneur l’Evêque de Beauvais et dont quittance ce vingt neuf janvier 1782 ». Il apparaît très vraisemblable que Marie Suzanne Papin se soit vue remettre cette somme d’argent par Pierre Bourdon, chasse-marée à Gournay-en-Bray, alors âgé d’environ 44 ans. Veuve de Louis Get, domestique de moulin, décédé à Ancourt le lundi 3 avril 1786, Marie Suzanne Papin s’éteint au Tréport le 25 mai 1797.

Article de Jérôme Maes

Articles de Jérôme Maes pour Le Tréport Magazine consultable sur le site de la ville du Tréport

Remerciements à Mr Maes et a la mairie du Tréport

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Une réflexion au sujet de “Marie Papin, une femme de tête « Le Tréport « 

  1. francis heux

    Les valets des meuniers: ils sont notés ici  » chasse monture » et  » chasse marée ». Je pense que c’est une altération des mots  » chasse mannée » ( le contenu d’unemanne de grains) ou « chasse mouture ».

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