Les Métiers de la Forêt d’Eu « Les Écorceurs « 

 

les troncs de certains arbres (particulièrement le chêne dont les sujets de vingt ans encore sur pied) étaient débarrassés de leur écorce afin qu’ils soient plus rapidement utilisables avec différents instruments appropriés (photo 1). Pour ce faire, l’écorceur disposait d’un outil qui lui permettait d’inciser l’écorce, de trancher en biseau afin de pouvoir passer sous l’écorce à détacher.

Ainsi l’écorceur obtenait des cylindres creux de deux mètres de long destinés aux moulins à tan. Il travaillait lors de la montée des sèves, en avril et juin. Les écorces des chênes des bois de taille (plus fines) étaient les plus recherchées ; pulvérisées elles ont depuis toujours servi à tanner les peaux, opération qui consiste à combiner le tan qui est astringent au principe gélatineux de la peau des animaux. Il se forme alors un tannate de gélatine qui tout en conservant au tissu cutané sa souplesse et sa ténacité, le rend complètement imputrescible.

Des tanneries se sont développées dans les chefs lieux de canton, Aumale, Blangy sur Bresle, Gamaches, Eu qui gardent une rue de la tannerie. Cet artisanat a connu son apogée au XVIIIème siècle ; “la tannerie et la corroyerie autrefois très florissante à Blangy sur Bresle ». Le dictionnaire Universel du Commerce des Brûlons ed. de 1748, tome 1 p. 112 constate qu’il y avait alors 50 tanneries dont les produits s’expédiaient pour la plus part à Paris”.

(J.A. De Lerue “Histoire de la Ville de Blangy sur Bresle ”, 1860 p.24 -25) (note 1)

Peu à peu cette activité a décliné : “quant aux commerces de teinturerie, de tannerie et de corroierie, jadis très étendus, qu’il n’existe plus qu’une tannerie et deux corroieries qui suffisent à peine aux besoins de la consommation” (C. Cite Statistiques et précis du Canton d’EU 1832). Par ailleurs J.A. De Lerue (opp. cité, 1860 p.101-103) indique qu’à défaut de débouchés convenables, les produits ne peuvent plus lutter avec ceux de St Saëns et de Pont Audemer. Deux moulins à tans subsistent, l’un nommé le “Moulin de la ville”, l’autre bat et transforme annuellement en tan, 4000 bottes d’écorces … Toutes ces écorces sont tirées à peu de frais des exploitations forestières environnantes”.

“Le tan après qu’il ait servi à la préparation des cuirs dans les “fosses de tannerie” est utilisé encore de deux manières : on en fait, à l’aide d’un moule en fer, des “mottes” compactées qui, séchées à l’air dans des locaux ad hoc, servent de combustible pour les pauvres foyers. Le prix de ces mottes est très peu élevé (tourbe de tan). Enfin les débris des fosses entrent utilement sous le nom de “tannée”, dans la composition des terres pour le jardinage, et servent même en guise de sable pour couvrir les allées des jardins, ou leur odeur pénétrante doit avoir la propriété d’éloigner les insectes des plates bandes (en 1860 existaient encore à Blangy, 2 moulins à tan, 4 tanneries et 3 corroyeries). Les derniers établissements cessèrent leur activité peu avant le dernier conflit mondial.

(1 ) Les différents voyageurs qui ont pérégriné dans la vallée ont laissé des témoignages corroborant l’importance de cette activité :
Ainsi Thomas Corneille, le frère du dramaturge, traversant la région en 1704 et passe par Blangy : “ses habitants qui sont fort laboureurs cultivent quelques terre à blé et à chanvre et cueillent aussi quelques fruits. Une cinquantaine de tanneurs y exercent leur activité.

 

Association découverte environnement val de Bresle

 

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