Le Tréport « 11 novembre 1918 – 15 heures – Hissé le grand pavois »

 

Réquisitionné le 27 juillet 1915, le chalutier à vapeur tréportais « Espérance » (Di 414), propriété de l’armateur Lucien Calamel (1877-1942), rallie le Centre d’Armement Militaire des Bâtiments de Commerce (A.M.B.C.) pour être converti en bâtiment militaire . Affectée à la 6e escadrille des patrouilles de la Méditerranée Orientale, l’« Espérance », accompagnée de l’autre chalutier tréportais « Canche » (Di439), arrive le 7 octobre 1915 à Milos, île de l’archipel des Cyclades, qui ferme au Sud la Mer Egée.

Jusqu’en novembre 1918, la mission essentielle du chalutier « Espérance » consiste à maintenir la sécurité de l’accès à la base de Milo : l’entrée de la rade interdite par deux filets immergés contre les sous-marins, le chalutier as-sure un service de garde de ce barrage et garantit le dragage des mines dans les chenaux d’accès. Le 11 novembre 1918, alors que l’équipage de l’ « Espérance » s’affaire à embarquer du char-bon, est transmise par la T.S.F. la nouvelle de la signature de l’armistice ; le maître de manœuvre Le Moine, com-mandant le chalutier, porte sur le journal de navigation : « 15 heures – Hissé le grand pavois en même temps que la Foudre (Armistice)» ; le navire-atelier « Foudre » faisait aussi office de station radiotélégraphique grâce à un puissant poste T.S.F.

Désormais l’heure de la démobilisation et du retour en Manche a sonné pour l’ « Espérance » et son équipage ; ainsi, sur la route du retour, au fil de ses différentes escales, le chalutier va peu à peu perdre sa livrée militaire pour retrouver sa silhouette de bâtiment de pêche.

Le chalutier « Espérance » appareille de l’île de Milos le 23 novembre 1918 pour arriver à Corfou le 27 novembre où son matériel de dragage est débarqué et remisé au magasin d’Armée. Le 10 décembre 1918, l’ « Espérance » arrive au port de Bizerte en Tunisie pour venir s’amarrer aux quais de l’arsenal de Sidi-Abdallah. Les 12 et 13 décembre sont débarqués les deux canons de 47 mm et 90 mm ainsi que les munitions, les huit grenades et les six engins fumigènes qui sont envoyés à la pyrotechnie de l’arsenal ; le 14 décembre, ce sont deux barres de potence, deux supports de chantier d’embarcation et une échelle en fer, maté-riels propriété de l’armateur Calamel, qui sont embarqués à bord du chalutier ; ces équipements avaient été laissés en dépôt à l’arsenal de Sidi-Abdallah le 18 août 1917 pour permettre l’embarquement de la pièce de 90 mm.

Après avoir saisi les deux canots et divers matériels sur le pont, et avoir condamné les deux écubiers à l’avant afin d’affronter les rigueurs de l’Atlantique, le chalutier « Espérance » appareille de Bizerte le 24 décembre 1918 pour, sous des grains de grêle et de pluie, arriver à Alger le 26 décembre, où sera démontée la vigie du mât de misaine et installé le fanal blanc de tête. L’« Espérance » s’engage le 3 janvier 1919 en Atlantique ; confrontée à une mer très houleuse et un vent qui fraîchit sous de forts grains, le chalutier relâche quelques jours à Lisbonne d’où il appareille le 16 janvier après avoir « embarqué la valise diplomatique pour la France ». Le 23 janvier 1919, le chalutier « Espérance » mouille dans la rade abri de Cherbourg, un autre chalutier tréportais « Walkyrie » (Di 617) l’y avait précédé de quelques semaines le 22 décembre 1918 ; les 28 et 29 janvier 1919, sont embarqués dans une chaloupe pour être remisés à l’arsenal les munitions, les fusils et tous les accessoires de mousqueterie.

Le 30 janvier, l’« Espérance » appareille du bassin Charles X pour arriver le 31 janvier 1919 à 11 heures 30 à Dieppe où il vient s’amarrer dans l’avant-port au quai de la gare maritime. Le chalutier à vapeur « Espérance » est « Dé-réquisitionné le 28 avril 1919 à midi. Sans regret. » Signe le premier maître Le Moine qui ajoute au crayon : « L’armateur est un c… et il n’aura pas de chance ».

Au début du mois de juin 1919, le voilier norvégien « Norden » débarque au Tréport sa cargaison de glace naturelle pour le compte de la maison Calamel . L’armement Calamel reprend donc peu à peu son activité : déjà deux de ces chalutiers « Espérance » et « Walkyrie » ont repris la pêche ; son troisième chalutier « Canche », toujours réquisitionné, devrait être rendu à son propriétaire vers la fin du mois de juin.

 

Article de Jérôme Maes

Articles de Jérôme Maes pour Le Tréport Magazine consultable sur le site de la ville du Tréport

Remerciement a Mr Maes et a la mairie du Tréport

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