Le Horla de Dieppe a Mouflers en passant par le Tréport 1887

Le Horla a gauche Jovis a droite Mallet

 

 

 La Vigie de Dieppe – vendredi 9 septembre 1887

 

 

Ascension du Ballon Le Horla – Dimanche 11 septembre 1887

Depuis plusieurs jours, tous les journaux parlaient de l’ascension que le capitaine Jovis devait faire à bord de son ballon le Horla, dans le jardin du Casino de Dieppe.
Aussi une foule considérable de curieux s’étaient-ils rendus à Dieppe pour assister à cette expérience scientifique.
Le temps a été assez favorable. Une forte brise soufflait de l’ouest et ne permettait pas d’espérer que la descente du Horla pût s’effectuer en mer, en face du Casino, ainsi que le désirait le capitaine Jovis.
La veille, en prévision de cette descente qui, étant donnée la variabilité des courants aériens sur notre littoral, pouvait être considérée comme possible, M. Jovis, son lieutenant, M. Mallet, M. Charpentier, l’architecte des Bains, et plusieurs autres personnes, se sont embarqués à bord du yacht Fantôme, qui les a conduits sur rade. Là, on a mis en mer la nacelle du Horla, préalablement préparée à cet effet; le capitaine Jovis est descendu dedans, et la nacelle, qui était garnie d’un chapelet de liège à son extrémité supérieure, a très-bien flotté ; seulement le brave capitaine avait de l’eau jusqu’aux aisselles; l’expérience préparatoire a donc parfaitement réussi.
Mais il n’a pas été possible de la répéter, dimanche, sérieusement, en opérant la descente du ballon.
La fin du gonflement a commencé à une heure et demie.
Cette opération a été assez longue ; le ballon à moitié gonflé, s’inclinait à chaque instant sous le vent qui mugissait avec un bruit sinistre dans les agrès.
Un certain nombre de douaniers et quelques soldats servaient à maintenir l’aérostat pendant l’opération.
Le vent continuait de souffler avec force ; M. Jovis examinait sur une carte, avec le capitaine Rondeau, commandant du port, la direction probable dans laquelle le ballon allait être poussé.
Plusieurs petits ballons d’essai furent lancés ; ils se dirigèrent vers l’est.
Un peu plus tard, dans une accalmie, de nouveaux petits ballons se dirigèrent, en semblant hésiter, vers la mer.
On eut un moment d’espoir, mais de courte durée, le vent recommença de plus belle à souffler de l’ouest à l’est.
Tout était prêt ; un jeune membre de la Société aérostatique a grimpé dans les cordages pour dégager la corde de la soupape ; M. Charpentier, architecte de la ville de Paris, avait pris place le premier dans la nacelle qui était fortement secouée par les ondulations brusques du ballon que plus de quarante hommes avaient peine à retenir.
M. Turot, membre de la Société aérostatique, prit place à côté de MM. Charpentier et Mallet.
M. Jovis monta le dernier ; debout sur le bord de la nacelle il adressa quelques paroles aux nombreux assistants, les remerciant du bon accueil qui lui était fait, s’excusant du retard qui se produisait dans le départ, et leur disant : Au Revoir!
Des applaudissements saluèrent ces paroles cordiales ; puis le capitaine Jovis prononça. à quatre heures vingt-cinq minutes, les mots sacramentels : — Lâchez tout !
L’aérostat s’éleva alors majestueusement dans les airs, il passa au-dessus de la Manufacture des Tabacs, monta à une grande altitude, plana sur le plateau de Neuville, et, se dirigeant toujours vers l’Est, se perdit, vingt minutes après son départ, au milieu d’un nuage.
Il était cinq heures moins dix minutes lorsque le Horta disparut complétement.
Une foule considérable massée dans le jardin du Casino, sur la plage et sur la falaise du Château, a suivi avec un grand intérêt les diverses opérations de l’ascension.
A cause de l’état de l’atmosphère, et de la mer qui était assez dure, les spectateurs sérieux ont été heureux que le vent ne portât pas en pleine mer ; une expérience de ce genre, pour être concluante et s’accomplir dans des conditions rationnelles, demande un temps calme et il était loin d’en être ainsi dans l’après-midi de dimanche.

Hier, dans la matinée, on a reçu une dépêche du capitaine Jovis, annonçant la descente du Horla dans le département de la Somme.
Cette dépêche dit que le Horla a fait un splendide voyage sur les côtes jusqu’au Tréport ; les aéronautes ont fait séjour sur les nuages et ont pu admirer un spectacle fort rare et fort beau, désigné sous le nom de l’Auréole des Aéronautes.
Le Horla s’est élevé à une altitude maximal de 2,500 mètres ; la température minimale était de huit degrés au-dessus de zéro.
Le Horla a opéré sa descente à sept heures quarante-cinq à Mouflers, petite commune située près d’Amiens (Somme).

La descente a été excellente ; les courageux aéronautes ont reçu de la population de ce village le plus chaleureux accueil.
M. l’abbé Billard, curé de Mouflers, leur a fait une réception sympathique et très-cordiale.
Les aéronautes ont pris le chemin de fer à Abbeville pour revenir à Dieppe, où ils sont arrivés hier matin, à 11 heures 20.

Le soir a neuf heures, un feu d’artifice a été tiré dans le jardin du Casino ; il a fort bien réussi.
Le grand bal, dans la Salle des Fêtes, a été brillant et très-animé.
Au théâtre, il y avait salle comble pour applaudir le Petit Duc. La troupe s’est surpassée ; Mlle Van Daélen a été excellente ; cette charmante artiste jouit à juste titre de la faveur du public ; elle a joué de façon à nous faire regretter son départ qui est hélas! très-prochain.

Alexandre Boutteiller  La Vigie de Dieppe – mardi 13 septembre 1887

 

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