John Alcock s’est crashé le 18 décembre 1919 à Cottévrard

Le pilote anglais, ancien de la Royal Air Force John Alcock s’est crashé le 18 décembre 1919 à 13 h au hameau de la Dreule à Cottévrard

John Alcock est né le 5 novembre 1892 à Manchester, en Angleterre. Le vol commence à l’intéresser dès l’âge de 17 ans. Titulaire du brevet de pilote le 26 novembre 1912, il devient pilote expérimenté dans le Royal Naval Air Service pendant la Première Guerre mondiale ; touché pendant un raid aérien, il est fait prisonnier de guerre dans les geôles ottomanes. Après la guerre, Alcock continue sa carrière d’aviateur et s’attaque au défi de la première traversée de l’Atlantique, défi pour lequel une récompense de 10 000 livres sterling est promise par le Daily Mail (journal londonien). Il perd la vie dans un accident d’avion le 18 décembre 1919

 

John Alcock

 

 

 

Arthur Whitten Brown

Arthur Whitten Brown est né à Glasgow en 1886. Il commence une carrière d’ingénieur avant la Première Guerre mondiale. Brown est fait prisonnier de guerre après avoir été descendu au-dessus du Pas-de-Calais par l’armée impériale allemande le 10 novembre 1915 alors qu’il est observateur d’artillerie au sein du Royal Flying Corps. Une fois libéré et de retour en Grande-Bretagne en 1917, il continue de développer ses talents en navigation aérienne. Pendant la visite de la firme aéronautique de Vickers, on lui demande s’il veut être le navigateur du vol transatlantique pour lequel John Alcock a déjà été choisi comme pilote. Il décède le 4 octobre 1948.

Arthur Whitten Brown

 

 

 

 

Histoire du vol transatlantique

L’altitude a varié entre le niveau de la mer et 3 700 m. 3 960 litres d’essence ont été embarqués. Le vol a, à plusieurs reprises, été proche du désastre à cause de problèmes de moteur, du brouillard, de la neige et de la glace. Il a été sauvé par les sorties répétées de Brown sur les ailes pour enlever la glace formée aux entrées d’air des moteurs et par les capacités de pilote d’Alcock malgré des conditions de visibilité extrêmement réduites quelquefois et malgré la neige qui s’accumulait dans l’habitacle ouvert du cockpit. L’avion a été très endommagé à l’arrivée, à cause d’un atterrissage dans un marais. Malgré tout, aucun des deux hommes n’a été blessé.

Alcock et Brown ont été traités en héros après cet exploit et ont été faits chevaliers au Palais de Buckingham, à Londres, par le roi George V quelques jours après.
Une statue commémorative a été érigée à l’aéroport d’Heathrow à Londres en 1954 pour commémorer leur vol. Un monument marque leur point d’atterrissage en Irlande et leur avion (reconstruit par la compagnie Vickers) est exposé au Science Museum de Londres. L’écrivain irlandais Colum McCann donne une version romancée de la traversée transatlantique dans Transatlantic4, paru en 2013.

Alcock a été tué le 18 décembre 1919 à Cottévrard en Normandie, alors qu’il pilotait le nouveau Vickers Viking à une présentation aéronautique à Paris. Brown a vécu jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. Il n’a plus jamais revolé.

Leur exploit, beaucoup célébré, a été éclipsé plus tard dans l’esprit du public américain par celui de Charles Lindbergh en 1927, réussissant, en solitaire, la première liaison de New York à Paris.

Source: Wikipédia

 

 

Alcock and Brown

John Alcock et Arthur Whitten, quittant le sol canadien à bord de Vickers Vimy, le 14 juin 1919

 

 

 

Après avoir rempli les réservoirs de 4 000 litres d’essence, les 360 ch des deux moteurs à pistons Rolls-Royce Eagle de leur engin se mettent en mouvement. De nombreux curieux sont massés là, pour assister à l’envol de leur Vickers ou à un nouvel échec comme celui d’un autre équipage dont l’avion s’était écrasé au décollage un mois plus tôt. Mais ce 14 juin 1919, l’avion d’Alcock et de Brown s’arrache du sol, évite de justesse les sapins qui ferment le bout de piste et met le cap à l’est.
Les deux Britanniques quittent rapidement l’île canadienne pour partir à la conquête de l’océan Atlantique et rallier l’Irlande. La traversée n’est pas de tout repos, loin de là. L’avion navigue à vue, coupant le lourd brouillard qui s’est formé. A plus de 200 km/h au dessus des flots, les quatre tonnes du lourd appareil gorgé de carburant s’arrachent tant bien que mal à la gravité. A l’origine, cet engin avait été conçu pour être un bombardier de la Royal Air Force lors Première Guerre mondiale. Un vent violent prend le relais, le Vickers et ses occupants sont ballottés par des rafales. L’une de ces bourrasques, en pleine nuit, propulse dangereusement l’avion au plus près des vagues. John Alcock se bat comme un diable avec son manche et réussit à faire remonter l’appareil. Déjà une autre péripétie attend les deux hommes qui doivent maintenant affronter le froid et la neige. Comme des funambules, ils se relayent pour enlever le givre qui s’est formé sur les ailes.

Le Vimy, planté dans la lande irlandaise

 

 

Enfin, le 15 juin, les côtes irlandaises pointent dans les premières lueurs du jour. L’exploit est en marche. Un dernier coup du sort se dresse devant les deux hommes. La lande de terre où ils se posent, à l’ouest de Galway, s’avère être une tourbière. L’atterrissage ne se fait pas en douceur, loin s’en faut. Les roues s’enfoncent dans la tourbe, le Vimy est stoppé net et se plante littéralement dans le sol. Mais l’équipage est indemne. Des cris de joie éclatent. John Alcock et Arthur Brown ont réussi. Ils ont franchi les 3 000 kilomètres séparant l’Amérique du Nord et l’Europe en un peu plus de 16 heures de vol.
Rapidement, le succès de leur épopée se répand. Les deux hommes seront accueillis, tels des héros des temps modernes, à Dublin. La consécration arrivera à Londres, lorsqu’ils recevront des mains de Winston Churchill, alors secrétaire d’Etat à l’Aviation, le prix d’un concours lancé par le quotidien britannique Daily Mail. Ce concours a été un véritable moteur pour Alcock et Brown, ainsi que pour ceux qui tentèrent l’aventure sans succès. Une récompense de 10 000 livres était, en effet, promise au premier qui réussirait à relier par les airs, en moins de trois jours, le continent américain aux îles britanniques.

 

 

Le Vimy de Brown et Alcock, exposé au Science Museum de LondresThe Board of Trustees of the Science Museum (CC BY-SA 4.0)

Source: https://fr.euronews.com

 

 

Le « Alcock and Brown Landing Site » est donc un lieu commémoratif situé aux abords de Clifden. Un monument blanc en forme de dôme marque leur point exact de leur atterrissage.

 

 

En hommage, un second mémorial en forme d’un empennage a été érigé sur la colline Errislannan, à moins de 2 km au nord de la zone d’atterrissage officielle. Il est situé dans l’axe de leur arrivée sur le sol irlandais et pointe directement sur l’autre monument.

 

 

Source: http://connemara-black.fr

 

 

 

 

 

Crash le 18 décembre 1919 à 13 h au hameau de la Dreule à Cottévrard

L’hiver s’installe. À Paris, on prépare la sixième exposition internationale de la locomotion aérienne qui doit se tenir au Grand Palais sous la présidence d’Alfred Leblanc, l’ami de Louis Blériot. C’est une forme de renaissance après la guerre. Cinquante-quatre avions seront présentés à un public qui vient trouver là une nouvelle raison de croire en l’avenir. Il y aura là, entre autres, le Latécoère qui relie Toulouse à Rabat et le Goliath Farman qui relie régulièrement Paris à Bruxelles et à Londres. Tout le monde sent bien que le voyage est entré dans une nouvelle ère. Désormais on parcourra la planète en avion. Ce n’est peut-être pas encore pour demain, pour après-demain certainement.

Mais celui qu’on attend, c’est le vainqueur de l’Atlantique. Une rencontre est prévue avec Louis Blériot, le vainqueur de la Manche. En effet, cette poignée de main entre les deux héros n’a pas encore eu lieu. Alfred Leblanc veut graver dans le marbre l’épopée de ces deux hommes qui, à juste dix ans d’écart, ont traversé la Manche puis l’Atlantique faisant progresser l’aviation de façon spectaculaire. Le pilote anglais est en effet le vrai successeur de l’ingénieur français. Ils ont tous les deux volé d’une côte à l’autre, remportant chacun les prix du Daily Mail.

Alcock aurait pu venir en bateau jusqu’à Calais, puis en train jusqu’à Paris. Cela aurait été plus prudent, étant donné la saison et le temps qui a fait entrer l’Europe dans l’hiver. Mais il veut profiter de son passage à Paris, pour présenter au public français un nouvel appareil amphibie, le Vickers Viking /. Et qui mieux que lui peut le faire ? Il n’y a donc pas à hésiter. Il ira à Paris en avion.

Le temps est affreux sur le quart nord-ouest de la France en ce jeudi 18 décembre 1919. Ce n’est pas ce qui effraie le pilote anglais, d’autant qu’on lui annonce que le ciel est dégagé sur le Channel. Il décolle donc en début d’après-midi sans aucune appréhension.
La traversée de la Manche s’effectue sans le moindre problème. Après une heure de vol, il franchit la côte un peu à l’ouest de Dieppe, au-dessus du petit cimetière marin de Varengeville qu’il distingue à peine. Mais une fois arrivé sur le rivage, c’est la mauvaise surprise. Un épais brouillard semble s’accrocher aux falaises normandes et recouvrir la région tout entière. Repense-t-il alors à cette terrible barrière qu’il avait rencontrée quatre heures après son décollage de Terre-Neuve ? Certainement. La tentation de faire demi-tour l’a-t-elle à nouveau effleuré ? C’est possible. Mais le risque lui paraît moins grand. De plus il n’est qu’à une heure de Paris où il est attendu par Leblanc lui-même et quelques officiels. Et on lui a affirmé qu’au-dessus de la capitale française, le temps est acceptable.

Il lui suffit donc de prendre de l’altitude et survoler la couche nuageuse. Mais à mesure qu’il s’avance dans les terres, le rideau de brume s’élargit et s’épaissit. Bientôt, il se trouve pris dans le même piège que sur l’Atlantique. Il ne peut que faire demi-tour ou pénétrer franchement dans le nuage. Il choisit la seconde solution, comme au mois de juin.

Pendant ce temps, à Cottévrard, un petit village normand tranquille à une dizaine de kilomètres au sud de la forêt d’Eawy, en bordure du Pays de Caux, on est seulement préoccupé par la prépa-ration de la fête de Noël. Jules Hyppolite Lhuintre, le vieux curé est en train de repeindre le petit Jésus de la crèche et de préparer activement son sermon pour la messe de minuit. Il est bien décidé à faire en sorte que celle-ci soit superbe. L’année dernière, il n’avait pu lui donner tout son éclat, à quelques semaines de l’armistice. Trop de familles étaient en deuil. Et puis c’est son dernier Noël à Cottévrard. L’année prochaine, il sera remplacé par un confrère plus jeune, tandis qu’il ira se reposer chez les religieuses de Rouen.

À la ferme des Peltier, près de la modeste chapelle de saint Martinet, sur la route de Saint-Saëns, le petit Fernand qui vient d’avoir 13 ans revient après être allé nettoyer l’étable et donner du foin aux vaches. Le brouillard qui recouvre la région depuis le matin semble encore plus dense. Aucun souffle de vent pour balayer cette purée translucide. On ne distingue même presque plus la barrière de sapins à une centaine de mètres à peine de la petite maison. Il fait froid.

Une fois son travail terminé, Fernand se hâte de rentrer pour retrouver la chaleur du feu de bois qui brûle dans la cheminée de l’unique pièce chauffée.

C’est alors qu’il entend un bruit de moteur, puissant, terrible, un peu effrayant aussi. Il devient de plus en plus fort, comme un monstre qui se rapproche… Serait-ce un de ces aéroplanes comme celui qu’il a déjà aperçu durant la guerre ou comme ceux qui se sont illustrés avant
le conflit lors de la semaine d’aviation de Rouen en juin 1910 ?

Il regarde vers le ciel, mais le brouillard l’empêche de distinguer quoi que ce soit. L’aéroplane cependant ne doit pas être loin. En effet, le bruit semble faire vibrer le ciel même. Il préfère ne pas s’attarder.

À peine est-il rentré qu’un craquement épouvantable se fait entendre. Tout le monde se précipite hors de la maison…

– Là, dans les sapins… hurle Fernand en se mettant à courir.

– Et où tu vas comme ça, gamin ? le rappelle son père.

– Regarde, là, c’est l’aéroplane que j’ai entendu… Il est tombé,

là, dans les sapins…

– Attends-moi donc… N’y va pas tout seul, c’est dangereux,

ces engins-là !

Fernand n’écoute rien et se précipite de plus belle, suivi de son père qui ne parvient pas à le rattraper. L’avion est là en effet, disloqué. Les ailes ont été arrachées. Quelques morceaux de toile sont restés accrochés dans les branches comme de sinistres boules de Noël. Le moteur, emporté par sa propre énergie gît quelques mètres plus loin tel un animal à l’agonie. L’hélice s’est détachée et s’est fichée dans le sol
comme un javelot20.

Un terrible silence.

Le père Peltier s’approche de l’appareil. Il voit le pilote, effondré sur ce qui reste du tableau de bord, retenu par sa ceinture. Il ne bouge pas. Alcock cependant n’a pas totalement perdu connaissance. Il saigne de la tête, mais ne semble pas trop sérieusement blessé.

Il tente de prononcer quelques mots. Le père Peltier, bien évidemment ne comprend rien à l’anglais. Mais il n’y a rien à comprendre, il faut agir.

– Oh, gamin, va donc chercher la charrette ! On va ramener ce pauvre gars à la maison. Et dis à ta mère d’aller prévenir le maire…

Pendant ce temps, le père Peltier fait de son mieux pour aider le malheureux pilote à sortir de ce qui reste de l’avion. De temps en temps, Alcock ne peut réprimer un petit cri de souffrance. Il se tient le ventre. Il a en effet été violemment projeté en avant contre le tableau de bord et le volant. Il souffre certainement de graves lésions internes et vraisemblablement d’une fracture du crâne.

– Thank you… Thank you very much… prononce t-il dans un souffle court.
Ce seront ses derniers mots.

Quand Fernand revient, il aide son père à installer le pilote dans la charrette. Celui-ci est de plus en plus pâle. Il ferme les yeux de temps en temps tandis que son visage se crispe sous l’effet de la souffrance.

Une fois arrivés à la maison, ils l’allongent sur la table de la ferme, ils lui nettoient le visage.

C’est à ce moment que revient Mme Peltier en compagnie de M. Roussel, le maire de Cottévrard. Celui-ci se penche sur le pilote qui respire encore faiblement…

– Tu sais qui c’est ? demande-t-il au père Peltier.

– À part que c’est un Anglais, j’en sais rien… On se demande bien ce qu’il faisait là… Et par un temps pareil en plus !

– J’ai fait chercher une ambulance pour le conduire à Rouen… Mais je crains bien que ce ne soit plus la peine. On ferait mieux d’aller chercher monsieur le curé…

– J’crois bien que t’as raison. Oh, Fernand, t’entends ce que dit monsieur le maire ? Allez, va donc jusqu’au village. Dépèche-toi !

Mais Alcock a déjà fermé définitivement les yeux. Il devait mourir quelques heures plus tard, avant même que n’arrive l’ambulance.

La semaine suivante, un court article paraissait dans le journal local, la Vigie de Dieppe du mardi 23 décembre

« Le célèbre aviateur Alcock se tue en capotant à Cottévrard. »

« Sir John Alcock, le célèbre aviateur anglais qui, au mois de juin dernier, accomplit le premier sur avion la traversée de l’Atlantique, a trouvé la mort jeudi après-midi en capotant à Cottévrard, près de Bosc-le-Hard, dans l’arrondissement de Dieppe.

Un brouillard d’une intensité extraordinaire couvrait la campagne, véritable “banc de coton”, selon l’expression des aviateurs. On conçoit dès lors la surprise des habitants en entendant au-dessus de leurs têtes, le vrombissement d’un avion perdu dans la brume.

Soudain tout bruit cessa.

L’avion avait-il pu atterrir sans incident ? On apprit vite que l’appareil, un hydroplane anglais, venait de se briser à proximité de la ferme de M. Peltier. L’aviateur, bien que paraissant légèrement blessé, devait décéder quelques heures plus tard, alors qu’une ambulance était venue pour le conduire à Rouen. »

Le corps d’Alcock sera rapatrié quelques jours plus tard en Angleterre. Il sera enterré le jour de Noël dans le cimetière sud de Manchester. Des milliers de personnes ont suivi l’office célébré par l’archevêque anglican dans la cathédrale, en présence de membres du gouvernement et de la famille royale. Sont également présents des représentants de toutes les firmes qui ont participé à cette extraordinaire course que fut la traversée de l’Atlantique nord.

Arthur Brown n’est pas là. Il est à San Francisco. Quand il apprendra la mort de son ami, il n’hésite pas à affirmer : « La mort d’Alcock est un véritable sacrifice pour toute l’humanité. »

Quelques mois plus tard, sa mère fera élever un petit monument. On y voit une croix celtique et une hélice sculptées dans la masse, simple souvenir de son atterrissage en Irlande.

Les diables de l’Atlantique avaient fait leur première victime. Il leur restait maintenant à s’attaquer à l’autre vainqueur.

19 II sera installé au Science Muséum de Londres où on peut encore le voir aujourd’hui.

20 Elle sera récupérée par le maire, restera dans la famille de nombreuses années, mais on a aujourd’hui perdu sa trace.

Source: Les As de l’Atlantique Nord (Agnès de Palmaert, Albéric de Palmaert)

 

Le Matin 22/12/1919

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