Bouvaincourt-sur-Bresle Histoire et pèlerinage de la Chapelle Saint-Sauveur

 

Voici un pêle-mêle de cartes postales sur les pèlerinages, processions,
communions, fêtes religieuses régionales aujourd’hui disparus.
Pour commenter ce pêle-mêle je vous cite l’histoire d’une petite chapelle de Georges CHAVATTE. Il y a une partie historique, puis le pourquoi du pèlerinage à St. SAUVEUR.

 » Lorsque, quittant la ville d’Eu, on roule dans la vallée (autrefois on eût dit: on chemine) vers Gamaches, par la route nationale N° 15 bis, la  » picarde « , suivant l’expression des gens du crû, pour distinguer de la route (G.C.), la « normande », toutes deux quasi parallèles avec le chemin de fer et la Bresle, on rencontre, à droite, avant le village de Bouvaincourt, une petite chapelle, le dos, c’est à dire le chœur, tourné à la route, comme pour signifier son indifférence aux choses qui passent.
Cette chapelle, qui reçoit chaque année à la Trinité, un certain nombre de pèlerins, a son histoire.

Malheureusement, dans le but de la restaurer, on lui a enlevé son caractère vétuste et plein de poésie, en la recouvrant d’un ciment au goût des constructeurs du jour. Son manteau de lierres a disparu. On a remplacé par des ardoises toutes neuves son vieux toit paré de mousse. C’est ainsi qu’on a détruit le cachet archaïque du porche de l’église de Ponts-et-Marais, près de laquelle une tombe ancienne, à la dalle brisée, effondrée, entrouverte, semblait évoquer la soudaine résurrection des corps à l’appel des trompettes du Jugement dernier.

Quoiqu’il en soit, la primitive chapelle de Saint-Sauveur, puisque tel est son nom, existait déjà au début du XIIIme siècle. Telle la chapelle de Saint-Julien, au Tréport, elle fut toujours en grande vénération dans la contrée.

Elle attirait particulièrement, autrefois, de pieux marins du Tréport et même de Cayeux, dont la dévotion se traduisait aussi par de nombreuses offrandes.
D’après les documents que j’ai sous les yeux, c’est là le lieu d’une ancienne Maladrerie, dont les lettres de fondation remontent à l’année
1203.
Elle était à la collation du seigneur de Cantepie. Le registre-pouillé de 1692 dit que depuis cinq a  six ans, personne ne se présentait plus pour en recevoir le revenu qui portait sur trois journaux et demi de terre, et que le curé était obligé de les faire labourer pour avoir sa dîme.
La chapelle actuelle restaurée en 1925, je crois, fut bâtie en briques en 1852. Elle n’a de remarquable qu’une maladroite imitation du style ogival. Elle en remplaçait une autre, délabrée depuis longtemps et sans caractère, qui se trouvait un peu plus près du village.

Cette substitution fut accompagnée de circonstances assez singulières et donna lieu à un incident bizarre, intéressant à raconter.
L’ancienne chapelle était érigée sur une pièce de terre, qui, il y a un siècle, était la propriété de l’hospice de Doullens,probablement à cause de l’annexion de la Maladrerie. Les nombreuses aumônes étaient annuellement absorbées par d’imparfaites réparations,lesquelles ne purent arrêter la chute d’une partie des murs et du toit. C’est alors que le zèle des habitants ayant été stimulé par leur desservant, curé de la paroisse de Beauchamps, ils se cotisèrent pour construire une autre chapelle à environ soixante mètres de l’ancienne, sur un terrain communal.
Elle fut ouverte et bénie et on y transporta processionnellement les statues, le 5 Juin 1852, veille de la Trinité.

Pèlerinage de Saint-Sauveur

 

Cependant, les pèlerins se divisèrent : les uns continuant d’aller prier dans l’ancienne chapelle, les autres venant dans la nouvelle.
L’hospice de Doullens dénonça les faits à l’autorité diocésaine, demanda la réintégration des Saints dans la vieille chapelle, à laquelle il se mit en mesure de rendre quelque solidité.
Puis, il obtint de l’Évêque d’Amiens l’interdiction de la chapelle rivale.
Mais des scènes scandaleuses eurent lieu, en 1853, le jour de la Trinité, et il ne fallut rien moins que la présence de la force armée pour arrêter la colère des villageois, fondateurs de la chapelle neuve. Plus tard, cependant, on parvint à s’entendre : l’hospice de Doullens céda, en
1855, moyennant finance, son droit et sa chapelle qui fut immédiatement démolie.
Et, puisque, en France, tout finit par des chansons, ici démêlées et mêlées finirent par des cantiques.

Fête religieuse Beauchamps

 

Ruchers de l’Abbé Warré curé de Martainneville

 

La statue connue sous le nom de Saint-Sauveur paraît fort ancienne.
personnage est revêtu des Habits sacerdotaux; la cape antique est retenue par une agrafe en forme de trèfle ; l’aube et l’étole sont croisées ; la tête est belle, couverte d’une couronne fermée ; les cheveux tombent en boucles sur les épaules et la barbe est partagée. Il y a aussi une vieille statue de Saint-Jacques avec le bâton et la gourde du pèlerin. Le jour de la fête de la Trinité et pendant la neuvaine suivante, les cultivateurs amenaient de villages, même assez éloignés, leurs chevaux et leurs vaches à Saint-Sauveur.
Ils faisaient avec leurs bêtes, trois fois le tour de la chapelle, en priant pour que celles-ci soient préservées de maladies.
Il est à remarquer que ce pèlerinage avait lieu surtout la nuit. Il commençait vers minuit, cette heure mystérieuse des superstitions, ce qui fait supposer une origine très ancienne.

Avant de terminer, notons qu’il est possible que la dévotion populaire ait dévié, en ce sens que ce n’était peut-être pas au Saint-Sauveur des Hommes qu’elle s’adressait à l’origine, mais à Saint-Salve ou Saint-Sauveur, apôtre du pays. Et c’est sans doute en son honneur que la chapelle primitive fut élevée entre Bouvaincourt et Oust, lieu que Théodoric, roi des Francs, avait donné à ce saint évêque d’Amiens entre les années 675 et 686.
Saint-Sauveur aurait, d’ailleurs, bâti à Oust un monastère qui fut probablement détruit pendant les invasions normandes.

Et voilà comment, de siècle en siècle, les traditions se perpétuent. Heureux, ceux qui savent garder lien avec un passé dont les plus humbles oratoires étaient les filiales de Notre-Dame de Reims,d’Amiens, de Chartres, de Paris et de tant d’autres splendides portes du ciel.

 

Georges CHAVATTE

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